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Trésors d’Archives n°3 – Exécution sommaire

Les massacres commis en en Belgique et en France au début de la guerre furent rapidement connus. Les contemporains n’attendirent pas pour enquêter sur ces massacres de civils et de militaires. Les motivations étaient multiples (propagande contre l’ennemi, influencer les pays neutres, volonté de justice…) et des commissions d’enquêtes furent mises en place. Un soldat prisonnier libéré témoigne.

  • Le témoignage

« Camp de WAHN SCHIESSPLATZ

INTERROGATOIRE SPÉCIAL
en ce qui touche les actes de cruauté et les violations du droit des gens.

De Dauziech Jean du 7° Rgt d’Infanterie coloniale n° Mle 8147, classe 1902, fait prisonnier le 22 Août 1914, au combat de St Vincent (Belgique).

Nature de la blessure ou de l’infirmité : 4 blessures : pied gauche, genou droit, cuisse droite – jambe droite.

Rapatrié pour Malaria et dysenterie.
Interné à Wahn Schissplatz près Cologne.
Libéré le 29 Décembre 1916.
Arrivé en France le 24 Août 1917.
Profession civile : Pâtissier – Cuisinier.

17) D[emande]. Avez-vous été victime ou témoin d’actes de brutalité de la part des soldats Allemands, soit sur des blessés, soit sur des prisonniers ?
Dans quelles conditions ?
Sur le champ de bataille ?

R[éponse]. – Le 22 Août 1914, vers 3 heures du soir, après avoir reçu trois blessures je tombais sur le bord de la route allant de St Vincent Tastigny (sic). Non loin de moi était tombé le sous-lieutenant DULEUX, de ma Cie, la poitrine traversée d’une balle. Nos troupes faiblissant sous le nombre durent se replier à l’Ouest du village, abandonnant les blessés. Dans leur avance, les allemands tiraient sans méthode, le fusil sous le bras, augmentant le nombre des blessures de beaucoup des nôtres étendus sur le champ de bataille. Un groupe d’allemands commandé par un Officier passa à proximité du sous-lieutenant DULEUX. L’Officier s’avançant vers lui et l’appelant : « Sale cochon de français », lui brûla la cervelle d’un coup de revolver.

Peu après un autre groupe (6 ou 7 hommes) passant sur la route m’aperçut et s’élança vers moi, en disant « Eine franzous ». Et m’ayant demandé si j’appartenais aux troupes coloniales, il s’acharnèrent sur moi à coups de crosse de fusil m’occasionnant une 4e blessure à la jambe droite.

Après quoi ils m’enlevèrent mon argent (153 francs) et ma montre avec la [partie masquée par un autre document]

Cet interrogatoire a été reçu sous serment

Toulouse, le 29 août 1917.
Signature du militaire interrogé
Dauziech                        Bideau
« 

  • La suite

Ce témoignage permit au tribunal de donner une date de décès, le sous-lieutenant Duleux ayant été porté disparu depuis le 22 août 1914. Il fait partie des 29 officiers tués ou disparus dans ce combat qui coûta au 7e RIC 1350 hommes.

Par contre, impossible de dire s’il fut retenu pour servir dans les argumentaires réalisés pour dénoncer les exactions allemandes du début du conflit. La famille fut-elle informée des circonstances exacte du décès ? Aucun document consulté concernant le sous-lieutenant Duleux ne les mentionne.

  • Sources :

AD72, 1U1861.

1 R 1228, Fiche matricule de DULEUX Pierre Joseph Alphonse Louis, classe 1912, matricule 1385 au bureau de recrutement du Mans.

Mémorial de Saint-Cyr : http://saint-cyr-memorial.alumnforce.org/

Lien vers sa citation : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6367828k/f22.item

  • Pour aller plus loin :

HORNE John et KRAMER Alan, 1914, les atrocités allemandes, Texto, Paris, Editions Taillandier, 2011 (1ère édition 2001, 1ère édition française 2005).

STEG Jean-Michel, Le jour le plus meurtrier de l’histoire de France : 22 août 1914, Paris, éditions Fayard, 2013.

Mise en ligne de la page : 24 septembre 2017.


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