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26 – Sergents du 57e RI, Bordeaux, 1908.

Avant guerre, les groupes de soldats sont pris soit à la caserne, soit chez un photographe, soit lors d’exercices ou de manœuvres. Ce sont souvent de simples soldats. Ce groupe présente donc une originalité : il est certes pris dans une caserne mais ce sont tous des sous-officiers.

  • Au 57e RI en 1908

Ces dix-neuf hommes appartiennent au 57e régiment d’infanterie. L’identification du régiment ne pose aucune difficulté : son numéro est visible très nettement sur les képis et les cols.

Le cachet de la Poste, bien que partiellement effacé, permet de voir l’année « 1908 » et le lieu où le photo-carte a été postée, Bordeaux en Gironde. A cette époque, le 57e RI est réparti entre deux sites : la portion centrale, où se trouvent le dépôt, l’administration du régiment et un bataillon, à Libourne et la portion principale où se trouve le régiment actif avec deux bataillons, à Bordeaux (le déménagement à Rochefort n’aura lieu qu’en octobre 1913).
Nous sommes donc devant un groupe d’hommes de la portion principale se trouvant à Bordeaux. Il est possible d’en savoir plus car cette photo-carte est signée : Fabrice Cétoné ou Cétoni. Certes, le nom est difficile à déchiffrer et ce n’est donc qu’une proposition de lecture, mais il doit être possible de retrouver la fiche matricule de cet homme… si l’on connaissait son département de naissance. Or ce n’est pas le cas. Une autre piste pourrait être la destinatrice du courrier, Berthe Simonnet. Peut-être serait-il possible de faire un lien avec l’homme qui lui a écrit, laconiquement mais pour 5 centimes difficile d’en écrire plus, « Bons baisers ». Hélas, sa trace n’a pas été retrouvée pour l’instant.

  • Un groupe de sous-officiers

Tous ces hommes sont des sous-officiers – sergents, sergents-fourriers, sergent-major – et leur placement ne doit rien au hasard.

Quatorze de ces hommes sont des sergents, reconnaissables à leur galon doré au bas de leurs manches ainsi qu’à la fausse jugulaire dorée de leur képi. Pour dix d’entre eux, le liseré doré nettement visible en bas des manches indique que ce sont des « rengagés ».

En fait, il semble que tous ces sergents soient des rengagés. En effet, dix (et peut-être onze, un est peu visible) ont une veste à col droit et épaulettes dorées, réservée aux sergents rengagés et aux officiers.

Et les quatre derniers, qui portent une veste « troupe » à col arrondi et à épaulettes non dorées, ils semblent avoir un képi du commerce, acheté par leurs soins, signe aussi qu’ils sont rengagés. N’étant pas un spécialiste des képis, l’identification de modèles du commerce est tout de même une hypothèse pour au moins l’un d’entre eux.

Les sergents-fourriers s’occupent de la gestion administrative d’une compagnie (ils tiennent les écritures, gèrent le casernement, peuvent avoir à remplacer le sergent-major en certaines circonstances). Ces quatre hommes portent le grade de sergent plus un chevron de couleur or sur chaque haut de manche.

Le sergent-major est le seul à avoir la capote dont chaque manche porte deux galons dorés. Comme le confirme son képi, il ne s’agit pas d’un caporal ayant blanchi à la craie pour la photographie ses galons. De toute manière, s’il avait été sergent, il n’aurait probablement pas été placé au centre du premier rang.

  • Un placement soigné

Déterminer les grades a permis de constater que les sergents sont aux deuxième et troisième rangs alors que le sergent-major, au centre au premier rang, est entouré de deux sergents (peut-être les plus anciens en grade, l’un d’entre eux portant une médaille coloniale dont l’agrafe est hélas illisible) et des quatre sergents-fourriers.

Ce regroupement de sous-officiers n’est pas fortuit : ils doivent appartenir à un même bataillon du 57e RI. En effet, un bataillon d’infanterie compte en théorie 1 sergent-major, 4 sergents-fourriers (un par compagnie) et 14 sergents. Cette photographie a pu être prise à l’occasion de l’élaboration d’un album de régiment par exemple. Si un tel album existait, il serait possible de savoir à quel bataillon ils appartenaient à défaut de connaître leurs noms.

  • En guise de conclusion

La recherche est donc loin d’être achevée sur cette photographie car elle a donné plusieurs pistes qui ne peuvent, pour l’instant, être poursuivies. Qui est l’homme qui a envoyé cette photo-carte ? Qui étaient ces hommes ? Si elle peut encore nous en dire plus, cette image nous montre déjà que l’étude des uniformes peut être une source de nombreuses informations. Col de veste, type de képi, chevrons, couleur de la fausse jugulaire, sont autant d’indices précieux.

  • Pour poursuivre la recherche :

Le blog du 57e RI de Bernard Labarbe, incontournable.

  • Remerciements :

A Joël Guyonneau qui a été d’une aide très précieuse sur la question des képis et de la veste de rengagé.


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