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21 – 130e RI, Mayenne, vers 1917 ?

Cette photographie m’a intrigué pour plusieurs raisons. Les portraits à deux ou en groupe sont fréquents, mais celui-ci pose notamment question sur les identités et sur les postures.

  • Des soldats du 130e RI

L’identification ne pose pas de problème particulier : il s’agit de deux jeunes recrues du 130e régiment d’infanterie dont le dépôt se trouve dans la ville de Mayenne, dans le département de la Mayenne. On voit très bien le numéro 130 du régiment sur les cols. Le tout est confirmé par le texte rédigé au verso :

« Souvenir de Mayenne, R. Huard ».

Ce sont de jeunes hommes : un visage juvénile sur lequel apparaît un mince moustache.

Leurs uniformes de soldats au dépôt ne permet pas une datation précise. Classe 1916 ? 1917 ? 1918 ? … L’indication de l’identité est un indice essentiel. Le site des Archives départementales de la Mayenne ayant un outil de recherche par nom, on constate rapidement que les Huard étaient nombreux dans ce département, mais qu’avec un prénom commençant par un « R », il y en a très peu. Encore moins quand on prend en compte la classe : ce pourrait être Huard Georges Romain Marie de la classe 1918 (R2050, matricule 573). Toutefois, en l’absence de vérification, aucune certitude. La classe 1918, incorporée en avril 1917, pourrait aller avec ces tenues typiques des hommes au dépôt : ceinturons de différents modèles, képis désormais inusités au front vont dans ce sens.

Cela pourrait être aussi Huard Raoul, Alphonse, Etienne, matricule 50 au bureau de recrutement d’Alençon, de la classe 1917. Incorporée en 1916, les remarques sur l’uniforme sont tout aussi valables.

Outre la question de l’identité, un second point pose problème : la position de l’homme de gauche.

  • Un soldat du service auxiliaire ?

En l’absence des fiches matricules de ces deux hommes, je ne peux qu’émettre deux hypothèses concernant la position pour le moins étrange de l’homme de gauche : son corps semble désaxé par rapport au reste de son corps. C’est d’autant plus remarquable que son voisin de droite se tient bien droit.

La première hypothèse c’est qu’il s’agit simplement d’une position prise par cet homme, légèrement de côté. Je n’y crois guère : pour ce type de portrait, on se tenait bien droit (c’est en tout cas ce que l’on constate sur les photographies) cherchant à donner la meilleure allure possible. Et le photographe n’aurait probablement pas manqué de faire la remarque.

Le seconde est que cet homme a un problème de santé (une scoliose sévère?). Son visage est particulièrement asymétrique aussi, il semble avoir une épaule un peu plus haute que l’autre. Il n’y a évidemment aucune certitude, mais ainsi se pose tout de même la question de l’affectation de cet homme s’il souffrait effectivement d’un tel problème de déviation de la colonne vertébrale. Peut-il avoir été considéré comme « bon » pour le service armé ? En effet, il est douteux qu’un tel problème de dos ait été compatible avec le port du sac. Pourtant, il porte une baïonnette qui semble aller dans le sens d’un homme au service armé. Toutefois, être considéré comme apte ne veut pas dire s’être obligatoirement retrouvé au front. Pendant la période d’instruction au dépôt, certains hommes montraient leurs limites physiques, des problèmes mal vus au conseil de révision et passaient devant une commission de réforme qui se tenait une fois par mois. Cette commission pouvait décider d’un maintien dans le service actif, d’une affectation dans le service auxiliaire ou d’un renvoi dans les foyers en cas de réforme.

  • Un cliché simple mais qui a quelques détails intéressants

Outre la pipe de l’homme de droite, d’autres détails attirent notre attention :

– La boucle du ceinturon de celui à droite appartient au corps des pompiers, sans l’ombre d’un doute (2). On faisait parfois avec les moyens du bord pour équiper les soldats. Son camarade a un ceinturon plus classique.

– Le pantalon est un modèle 1914 reconnaissable à la couture. Reste à savoir de quel modèle il s’agit car ce pourrait être un indice de datation. Possède-t-il un renforcement aux genoux ? Est-il recousu ?

– L’homme de droite a un liseré sur son col dont je n’ai pas trouvé la signification. Etait-il musicien ?

– Le fondu entre le décor et le sol est particulièrement réussi. L’effet trompe l’œil fonctionne parfaitement comme on peut le constater sur l’image.

  • En guise de conclusion

Même une simple photographie de deux soldats peut apporter de nombreux questionnements et quelques hypothèses pour y répondre. Mais il ne faut pas exagérer le peu que l’on voit et que l’on peut en déduire.

La fiche matricule aiderait peut-être à y voir plus clair, déterminer qui est R. Huard, et s’il est celui de gauche, comprendre d’où vient cette position qui garde tout son mystère.

  • En complément :

L’ouvrage de Patrice Montgondry comporte page 35 une photographie de deux jeunes soldats du 130e RI photographiés avec le même décor. Hélas, elle n’est pas non plus datée.


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