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Le jour de guerre est arrivé de Laurent Seksik (2026)

SEKSIK Laurent, Le jour de guerre est arrivé, Paris, Gallimard, 2026. 128 pages.

La version numérique n’étant pas paginée comme la version papier, seul le chapitre des citations est donné.

La Première Guerre mondiale reste une période appréciée des écrivains contemporains. Cette fois-ci, c’est Laurent Seksik qui propose dans son roman d’évoquer les jours qui ont précédé le grand bouleversement d’août 1914. Dans un ouvrage court, le lecteur suit le parcours et les interrogations d’un saint-cyrien, Lucien Latour. Ses questionnements portent plus sur sa famille, lui qui, depuis la mort de ses deux parents, a été élevé par une grand-mère vivant seule, que sur le contexte de l’époque. C’est en particulier la figure héroïque du grand-père, mort pendant la guerre de 1870 qui l’interpelle au moment où c’est à son tour d’écrire des pages de gloire, potentiellement à l’encre de son sang.

Hélas, le récit est bref et laisse peu de place à la surprise malgré un titre très bien trouvé. Détournement de la Marseillaise et de son « Le jour de gloire est arrivé » pour le transformer en « jour de guerre » beaucoup moins glorieux et plus direct : la guerre, c’est la mort, la souffrance, la peur, l’isolement, le lendemain indéterminé, loin de tout héroïsme qui n’est que construction extérieure.

Cependant, ce livre n’est pas une présentation des derniers jours de paix avant la guerre. Certes, on suit les jours et les semaines qui s’égrainent, mais on ne suit pas les Français ou le héros au quotidien. On devine rapidement que le grand-père, capitaine que l’on dit mort à Sedan, ne l’a pas été dans les circonstances héroïques imaginées et que tout tourne autour de cette mort, loin de 14-18. Ces jours ne sont qu’un contexte permettant un double compte à rebours, celui de l’inéluctable guerre que l’on sait approcher et celui d’apprendre enfin le vrai sort du capitaine grand-père.

Les scènes hors de l’appartement de la grand-mère sont rares. Un voyage en train pour présenter la situation générale et le questionnement particulier du héros et quelques passages par Saint-Cyr. Car le cœur du livre est une histoire d’amour des grands-parents du principal personnage avant, pendant et après la guerre de 1870. Plus de la moitié du livre est le récit de la vie d’une femme qui travaille dans une famille bourgeoise, qui tombe amoureuse d’un officier qui lui fait un enfant. Mais la guerre de 1870 est déclenchée. On suit en pointillés le parcours de cet officier capturé à Sedan, prisonnier en Prusse, revenant ensuite en France pour reprendre du service afin d’écraser la Commune de Paris. Or, sa compagne et mère de son enfant, qui vient de subit le Siège de Paris, est active dans cette Commune.

De fait, le récit est celui de l’attente du lecteur d’une vérité sur le passé du grand-père, que l’on devine facilement dans les grandes lignes si l’on connaît un peu l’histoire de la période.

Le jour de guerre de 1870 est celui où la vie des grands-parents a basculé dans une suite de malheurs, le jour de guerre en 1914 est pour la grand-mère où elle voit son cauchemar recommencer.

  • Des éléments peu réalistes et d’autres plus réussis

Quand dans le chapitre I l’auteur évoque l’affectation du héros au « deuxième régiment du bataillon d’infanterie de Saint-Cyr », cela n’a pas de sens. Un régiment est composé de bataillons et non l’inverse. Surtout, Saint-Cyr est une école et n’a pas de structure en régiments ou bataillons.

La structure de l’armée est assez mal rendue dans le livre. Il est mentionné « le premier bataillon du VIIe corps d’armée », ce qui n’a pas de sens, pour la guerre de 1870 comme pour celle de 14-18.

Le héros se voit affecté au 55e bataillon « stationné sur les bords du Rhin » en 1914. C’est oublier un peu vite que les Français ne pourront dire qu’ils sont au bord du Rhin qu’en novembre 1918, pas avant, la frontière franco-allemande étant dans les Vosges depuis la perte de l’Alsace-Lorraine en 1871. De plus, le « 55e bataillon » pose aussi question sur le sens que l’auteur donne à ce mot. Stricto sensu, c’est le 55e bataillon de chasseurs, sinon on parlerait de régiment. Or, le 55e BCP est le bataillon de réserve du 15e BCP et ce bataillon de réserve n’existe pas en période de paix.

Pour la Commune, il est fait mention de l’utilisation d’une mitrailleuse par les Communards. Si ce n’est pas l’image que l’on peut avoir des combats dans les rues de Paris, il s’agit ici d’une réalité historique1i. Cet exemple montre que même s’il y a des erreurs sur les structures de l’armée, l’auteur a réussi à bien rendre les périodes qu’il cherche à dépeindre : les derniers jours avant la guerre, le parcours d’un officier à Sedan puis prisonnier de guerre, le siège de Paris, la période de la Commune et la semaine sanglante. Le cadre général pourra même être une découverte pour des lecteurs qui seraient peu au fait des événements de 1870-1871.

Une fois encore, la guerre 14-18 est peu présente. Elle est le drame qui approche inéluctablement. L’auteur conclut le livre en quelques phrases pour résumer ce que vécut le héros, ce qu’il advint de sa grand-mère, mais elle n’est pas centrale.

L’ensemble se lit très vite, sans grands effets dans la structure mais quelques belles images comme ce « Bientôt (…) le silence des tombes étoufferait le son des fanfares ».

  • En guise de conclusion

Prétexte pour des questionnements sur la famille, la marche à la guerre est rendue correctement dans ce roman car elle n’est qu’un contexte général, finalement secondaire. Loin de pousser à le lecteur à s’immerger dans un basculement de vie qui fut pour des centaines de milliers le dernier, c’est l’occasion de faire de la littérature. Peu d’émotions, juste l’enquête d’un jeune homme sur la fondation de sa grille de lecture du monde et sur une grand-mère qui ne trouve finalement jamais la paix. Une mise en parallèle entre la vérité que l’on nous apprend (ici à la caserne) et la vérité de ce qu’il s’est passé il y a des décennies et de ce qu’il se passe ; entre les valeurs qu’on défend et la réalité de ce qu’est l’obéissance. Un texte finalement transposable pour toutes les guerres, moment de mort pour les uns et de déchirement pour ceux qui survivent et en portent le poids. En tout cas, aucune gloire n’est trouvée ici, ce qui ajoute encore à la pertinence du choix du titre.


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  1. Article des Amis et des amies de la Commune 1871, Les mitrailleuses pendant la Commune : Une arme révolutionnaire ? ↩︎

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