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Polar aux cœur des tranchées de la Première Guerre mondiale

BOURCY Thierry, La cote 512, Paris, Gallimard, 2005, 186 pages.

Derrière ce titre géographique, se cache l’histoire d’une enquête autour de l’assassinat d’un officier lors d’un assaut contre cette hauteur, dans le secteur de Soissons. C’est donc une enquête policière menée par un jeune inspecteur devenu fantassin, Célestin Louise, que l’on suit en pleine Première Guerre mondiale, dans un polar noir.

Pour ce qui est de l’histoire, c’est chacun ses goûts. Elle est assez simple, même si l’auteur prend plaisir à nous fournir nombre de pistes pour nous faire découvrir progressivement où il nous mène. On sait que chaque personnage rencontré n’est pas fortuit et est une pièce de l’engrenage qui finit par solutionner l’énigme de manière très classique.

  • Ancrer dans le réel

L’auteur cherche à ancrer l’intrigue autant que possible dans le réel. Il nomme les régiments suivant des corps ayant réellement existé : 134e RI pour le héros, 111e RI pour d’autres personnages. Il évoque également des théâtres d’opérations précis, comme l’Aisne ou l’Artois. Comme nombre d’ouvrages, en particulier ceux destinés au grand public ou dans la littérature jeunesse, on trouve de nombreux éléments connus, anecdotiques qui, accumulés, peuvent donner l’impression de proposer une vision fine de la guerre.

Mais si l’impression générale fait « vraie », plusieurs détails trahissent des imprécisions. Dès le titre, il y a un problème : une cote, c’est une altitude, non un point particulier. Donc la cote 512 devrait indiquer une altitude de 512 mètres. Or, du côté de Soissons, on culmine à 132 mètres ! La chronologie n’est pas plus fiable, au contraire. On part de la mobilisation où le héros rejoint le dépôt pour suivre plusieurs semaines d’instruction militaire. Il est envoyé en renfort à la fin de l’été ou au début de l’automne 1914. Les faits relatés se déroulent donc pendant l’hiver 1914 (il y a plusieurs mentions à décembre). Cela ne colle ni à l’évocation du casque ni à l’utilisation d’un fusil mitrailleur Chauchat. Pire, l’attaque aux gaz à cette période est juste impossible en France, la première utilisation sur le front occidental datant d’avril 1915. Le masque de protection contre le gaz est aussi anachronique puisqu’étant du modèle de fin de guerre si ce n’est plus tardif (il est décrit comme « avec un bec en forme d’arrosoir »).

Affecté avec des hommes qui deviendront ses camarades, Célestin Louise est à la 22e compagnie du 134e RI. Donner un régiment précis, une compagnie, cela fait vrai. Mais pourquoi le 134e RI ? Fin 1914, il est loin de Soissons, dans la Meuse ! Une « 22e compagnie », il n’y en a pas dans les régiments d’active. C’est une compagnie du 334e RI (qui lui est dans les Vosges fin 1914).

Dans le chapitre 11, il est noté « Le jeune policier se demanda un moment s’il devait prévenir la police militaire ou la gendarmerie ». La « police militaire » n’existe pas dans l’armée française.

  • Cocher des cases

Un lecteur habitué à lire des ouvrages sur 14-18 aura cette impression que l’auteur a voulu cocher des cases, à savoir mettre des éléments de ce conflit, le plus souvent connus du grand public.

Pratiquement tous les thèmes basiques autour de la Première Guerre mondiale sont présents : la mobilisation, le premier contact avec la guerre, le premier combat. Jusque là, rien de plus normal. Ensuite, on découvre la guerre des mines avec évidemment l’explosion à peine le héros relevé du secteur, une fraternisation, les civils et les gendarmes déconnectés de la réalité des combattants, les ragots autour de la roulante, le médecin-major débordé et désabusé, le courrier lent (trop même dans le roman), le traumatisme des combattants.

Clairement, l’auteur s’est documenté, aborde certains points finement (la questions des rumeurs et du décalage avec les civils en particulier) mais l’ensemble donne une impression de trop. En utilisant les vieilles lunes sur ce conflit, on peut trouver cela déjà trop. Toutefois, la course poursuite dans les boyaux qui se termine par un sprint final entre un vélo et un avion est spectaculaire mais peu réaliste, pour le moins !

Je ne dis rien sur le choix de la couverture, montrant un soldat de 1916 pour un roman se déroulant en 1914.

  • En guise de conclusion

Sous la plume de l’auteur, son héros survit à un fourre-tout parfois anachronique et romancé. Si les erreurs ne portent pas préjudice au polar, elles n’en traduisent pas moins des lieux communs que l’auteur a cherché à additionner au fil de son récit. Il est dommage de se donner du mal à être précis sur certains points et à proposer un récit réaliste pour ensuite le nourrir d’éléments faux ou excessifs.

Fort du succès de ce roman, de multiples fois réédité, l’auteur a poursuivi son travail d’écriture des aventures de Célestin Louise, à raison d’un livre par année de guerre. J’arrête toutefois ici ma lecture autour de ce personnage.

La recherche de l’auteur sur la période l’a conduit, outre ses lecturrs, à se rendre sur les lieux en compagnie de l’équipe de La tranchée des espoirs… probablement une des tentatives filmées les plus ratées évoquant la guerre ! Thierry Bourcy en est l’un des deux scénaristes avec Jean-Louis Lorenzi.

L’auteur dédie son récit à son oncle Joachim, tué à Verdun en 1915 un mois après son arrivée au front. Il n’a pas été identifié pour l’instant.

  • Remerciements :

À Annabelle pour les échanges autour de cet ouvrage.

  • Pour aller plus loin :

Quelques éléments sur son écriture :

https://www.ouest-france.fr/normandie/argentan-61200/thierry-bourcy-raconte-celestin-flic-et-poilu-3837102


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