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Le Cousin Jules, film de Dominique Benicheti (1974)

Affiche Cousin Jules

Ce film a une histoire singulière. Il montre Jules Guiteaux et son épouse Félicie de 1968 à 1973. Ils ont été filmés par leur petit neveu, Dominique Benicheti. On y voit se dérouler deux journées de ce maréchal-ferrant dans la campagne de Bourgogne. C’est un monde disparu qui nous est montré dans ce film très contemplatif, c’est une fenêtre ouverte sur un mode de vie révolu, où le seul confort matériel provient de l’électricité.

Quel rapport avec la Première Guerre mondiale ? Au premier abord, aucun, car ces deux journées de ce couple de Bourgogne sont filmées sans commentaire, sans musique. Ce film est documentaire et contemplatif. Il reste un film car si l’art du montage donne l’impression de n’avoir que deux journées, le tournage prit pourtant 5 ans !

La première séquence montre le couple, chacun s’affairant à son quotidien. La seconde partie, filmée après le décès de l’épouse, montre une journée de Jules rythmée par la solitude et par les tâches quotidiennes alors qu’il a arrêté son activité de forgeron.

Ce Jules, est né en 1891 : c’est un ancien combattant de la Première Guerre mondiale. Rien ne le rappelle directement dans le film. Concernant ce qui peut évoquer le début du siècle, on devine tout juste quelques photographies au-dessus de la cheminée. Celle de gauche montre Jules et Félicie le jour de leur mariage, celle de droite une photographie de famille.

Juste quelques photographies ? Pas seulement si on regarde bien. Les fleurs sont dans deux douilles en cuivre. Or, cela nous ramène directement à la jeunesse de Jules et à sa mobilisation.

  • Un forgeron dans la Grande Guerre

À défaut de sources privées, seule la fiche matricule permet de découvrir le parcours militaire de Jules. Né dans une famille de forgerons (depuis au moins son grand-père), il ne fait aucun doute qu’il apprit le métier auprès de son père. Le recensement de 1906 indique qu’il est apprenti chez son père. Son frère cadet Firmin, né en 1894, fut lui orienté vers le travail de la terre.

Jules est déjà noté comme forgeron au moment de son recensement pour l’armée, avant son incorporation. Vu le nombre d’exploitants agricoles autour du lieu-dit « Les Lorances » à Torpes où vit la famille, le travail ne devait pas manquer.

Né en 1891, Jules est de la classe 1911. Du fait de cette spécialisation qui intéresse beaucoup une armée encore largement hippomobile, il est versé dans l’artillerie, au 48e RAC dont les casernements sont à Dijon. On peut imaginer qu’en raison de son métier il ait été affecté à l’atelier des forgerons du régiment. Il n’est pas impossible qu’il ait été également maréchal-ferrant, un ajout dans sa fiche matricule en 1937 précisant qu’il avait également cette spécialité.

Il n’est toutefois pas impossible qu’il ait été affecté à une batterie, il est 1er canonnier servant le 5 juillet 1913. Il appartient à la classe 1911, fameuse pour devoir être libérée en octobre 1914, ce que la mobilisation empêcha. Il reste plusieurs années au 48e RAC avant son transfert au 62e RAC le 1er octobre 1916 pour une raison indéterminée. Impossible également de présenter ses fonctions tout au long de cette période. Servant dans une pièce, forgeron dans une batterie, absolument rien ne permet de le dire dans le peu de documentation disponible.

Ce qui est certain, c’est qu’il est intoxiqué par gaz le 22 août 1917. Soigné à l’Hôtel Dieu de Lyon jusqu’au 10 septembre 1917, il obtient un congé de convalescence avant de rejoindre le dépôt. Il retourne dans la zone des armées au 63e RAC le 23 novembre 1917. Il y reste jusqu’en octobre 1918, date de son passage au 66e RAC.

Il se retire dans son village natal lors de son congé de démobilisation le 16 août 1919. Il obtient alors son certificat de bonne conduite, après presque de 7 ans sous les drapeaux. Son père en 1920 n’est plus qu’exploitant agricole, ce qui implique qu’il a dû définitivement laisser la place à son fils aîné comme forgeron du lieu.

De cette guerre, il revient sans grave séquelle. Il se marie également rapidement. Dans un interview, Dominique Benicheti précise « Il a épousé à 22 ans Félicie », ce qui donnerait une cérémonie en 1913. C’est un peu plus compliqué. Il y a bien eu une naissance en 1913, celle de Juliette. Cependant, le mariage n’eut lieu que le 3 janvier 1920, la mention marginale dans l’acte de naissance des deux époux en atteste ! Faute d’avoir accès aux actes d’état civil de 1913, difficile de savoir plus en détails la chronologie car cette naissance 7 ans avant le mariage interroge. Etait-il père quand il partit à la guerre ? A-t-il reconnu cette enfant née dans d’autres circonstances que celles qu’une relation entre lui et Félicie ? Ce mariage répare-t-il une « faute » de jeunesse ?

Il obtient la médaille commémorative de la victoire et sa carte de combattant en 1929. Réserviste dans une unité de DCA, il est à nouveau mobilisé lors de la crise de 1938, mais échappe à celle de 1939.

En 1936, le recensement nous montre que les parents de Jules vivent chez son frère Firmin qui a deux fils et qui est exploitant agricole. De fait, toute la famille habite toujours dans le même lieu-dit.

  • En guise de conclusion

Félicie décède le 22 août 1971, probablement à son domicile. Jules meurt le 24 mars 1983 à Lons-le-Saunier, un an avant son frère cadet. Mais il a été immortalisé avec son épouse par son petit-neveu dans ses gestes du quotidien pour la plupart aujourd’hui remplacés. Une vraie fenêtre entrouverte sur quelques moments de ce passé rural disparu qui fait que, malgré son rythme lent et contemplatif, ce film documentaire particulier mérite d’être vu ou revu.

  • Pour en savoir plus sur ce film :

Le site du film n’est plus disponible qu’en passant par le site Archive.org :
https://web.archive.org/web/20170611055255/http://lecousinjules.com

Pour voir une bande annonce :

  • Sources :

Archives départementales de Saône-et-Loire

5E 541/11 : état civil de la commune de Torpes, naissances de 1891, acte n°4.
https://www.archives71.fr/ark:60535/s00513998183fe3b/5139c57d7e49d.fiche=arko_fiche_62321fc79bb52.moteur=arko_default_61b1ccdceb9a7

1 R RM Auxonne-Mâcon 1911/1 : Fiche matricule de Guiteaux Jules Claude, classe 1911, matricule 787 au bureau de recrutement d’Auxonne-Mâcon.
https://www.archives71.fr/ark:60535/s00537ef74ea5ea0/537f168223eb1.fiche=arko_fiche_6227ac6589004.moteur=arko_default_61b1e9e389f58

1 R RM Auxonne – Mâcon 1914/1 : fiche matricule de Guitaux1 Firmin, classe 1914, matricule 1247 au bureau de recrutement d’Auxonne-Mâcon.
https://www.archives71.fr/ark:60535/s0054ae6cc3e2eaa/5a6d8e390c027.fiche=arko_fiche_6227eb81df4d2.moteur=arko_default_61b1e9e389f58

6 Num 6-1906 : recensement de la population de Torpes, 1906. Vue 16/27 pour la famille Guiteaux.
https://www.archives71.fr/ark:60535/s00515e720a0b53b/515e76e1633ef.fiche=arko_fiche_62274e818c011.moteur=arko_default_623ae5a779e20

6 Num 6-1931 : recensement de la population de Torpes, 1931. Vue 14/24 pour la famille Guiteaux.

6 Num 6-1936 : recensement de la population de Torpes, 1936. Vue 13/18 pour la famille Guiteaux.
https://www.archives71.fr/ark:60535/s00515e72138e2dc/515e77a11cc96.fiche=arko_fiche_62274f2e07d36.moteur=arko_default_623ae5a779e20

Localisation :
https://maps.app.goo.gl/Cyu9oQ1E9Z5WMUdZ7


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  1. Pas d’erreur dans cette orthographe « Guitaux ». L’acte de naissance enregistre cette orthographe sans le « e » qui est conservée par l’administration militaire et qui n’a jamais été corrigée. ↩︎
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