Le Groupement d’intérêt public Limédia dans le Grand Est a réalisé un travail qui mériterait d’être suivi par certaines collectivités publiques. En effet, la numérisation est de qualité et les légendes complètes, ce qui facilite grandement la recherche dans les fonds iconographiques de cette région.
Le choix de vues de casernes (cartes postales anciennes et photographies) est important, plus de 200 images. Je vous invite à prendre la direction de Saint-Dié-des-Vosges, rue d’Alsace, à l’entrée de la caserne Chérin1 du 10e BCP, immortalisée par Alphonse Weick, éditeur local de cartes postales.

Cette caserne est un espace clos dans la ville que l’on devine grâce à sa guérite après le magasin du premier plan. Les clichés du photographe permettent d’observer l’entrée de cette caserne, et pas seulement du côté de la rue
- Saint-Dié-des-Vosges, avant 1914
Les destructions dans la ville pendant la Première puis la Seconde Guerre mondiale ont changé la physionomie de la ville, tout comme la démolition de nombreux bâtiments anciens, y compris les casernes. Alphonse Weick, avec ses clichés, permet de retrouver une ville qui a été bouleversée depuis.
La rue d’Alsace est large, munie de trottoirs. La caserne occupe un espace important que son entrée laisse mal imaginer depuis la rue.

Source : Wikimédia
De face, c’est une entrée de caserne comme les autres. On peut toutefois en apprécier tous les détails grâce à la qualité du support, plus fins que les très nombreuses cartes postales. D’ailleurs, cette photographie fit l’objet d’une édition au format carte postale.

On devine à l’arrière-plan la Roche de la Chaire de Saint-Martin appartenant à la montagne d’Ormont. Cela donnait un paysage sensiblement différent des casernes de la majorité des villes en France.

Le portail à deux vantaux possède des chasse-roues destinés à protéger les piliers ainsi qu’une très belle ferronnerie où figure le nom de la caserne. Les volutes et les arabesques en fer forgé qui dépassent au sommet de l’arche forment un couronnement.

On distingue également la présence d’un repère de nivellement permettant d’indiquer l’altitude exacte. C’est un médaillon métallique circulaire scellé dans le soubassement du pilier de gauche. Il s’agit probablement de l’altitude 360 mètres2.

Deux jeunes femmes attendent que le photographe ait terminé son cliché afin de pouvoir continuer leur chemin. L’une regarde les militaires quand l’autre s’intéresse à l’artiste, ne se doutant probablement pas qu’elles figureront sur l’image. Cependant, la carte postale proposait une image recentrée ne laissant même pas deviner la présence de ces femmes.
On observe la posture réglementaire du garde et le bon état général de sa guérite. En effet, son entrée n’est pas usée par les clous des brodequins comme on peut le voir sur cet autre cliché de l’entrée de la caserne du 15e BCP à Remiremont3. On note les différences au niveau de l’installation et de la toiture, en tuile sur le modèle de Saint-Dié-des-Vosges.

Confirmant une datation probablement antérieure à 1905, on devine à l’arrière-plan deux soldats portant des guêtres blanches. Un dernier détail a aussi son importance : des soldats affectés à la garde sont visibles au niveau de la porte pour piétons de gauche. C’est un élément qui revient dans plusieurs clichés de Weick, vus depuis l’intérieur de la caserne.

- La relève de la garde

Nous voici à l’intérieur de la caserne Chérin. Le cliché n’a pas été pris après le précédent. L’ombre ne va pas dans la même direction entre les deux images.

On voit quatre hommes en tenue de garde (avec les épaulettes) devant ce qui est la salle de garde sur la droite du cliché. Par le portail, un groupe de soldats entre dans la même tenue. Il doit s’agir de la relève, mais impossible de dire à l’heure actuelle qui remplace qui.
Sur la gauche du cliché, un mat porte le drapeau tricolore. A droite, la fameuse boîte aux lettres et le thermomètre. De chaque côté, une lanterne différente est visible. Celle de gauche dispose d’un dispositif permettant de la descendre pour l’allumer.

Cette image appartient à une série de trois photographies. Les deux autres montrent les soldats de garde alignés. L’ombre, les bancs, les tréteaux et la végétation autour des arbres sont identiques d’une vue à l’autre. L’officier est le même, même si on le distingue moins sur la première. Le cycliste apparaît d’abord partiellement caché derrière un arbre, puis se place volontairement devant l’entrée de la garde.




La masse d’hommes importante confirme qu’il s’agit bien de la garde montante et de la garde descendante.
Avec leur grande tenue, ils portent encore le pompon sur le képi, abandonné vers 1910.

À qui appartient ce chien ? En tout cas, il attend bien sagement à l’entrée de la caserne.

Concernant l’officier, il pourrait s’agir de ce lieutenant figurant sur un cliché illustrant le mess des sous-officiers. Il porte un uniforme identique, y compris au niveau de la couleur des chaussures. La cote des photographies n’est pas d’une grande aide. En effet, des clichés postérieurs à 1918 sont mélangés à la série qui nous intéresse, elle-même mélangée avec des photographies de manœuvres diverses.

- Une marotte du photographe ?
Sur le cliché suivant, la garde est en rang, sous les ordres d’un sous-lieutenant. Les seize soldats sont, une fois encore, trop nombreux pour constituer la garde ; on observe également deux clairons. Il y a donc deux groupes de huit soldats, la garde montante et la garde descendante.
Le cliché n’est pas en lien avec le précédent. Sur le mur du poste de garde, il manque le dispositif pour la lanterne et le thermomètre. L’officier ne porte pas le même uniforme.

Une fois encore, l’image fourmille de détails. On voit la serrure de la grille principale sur la gauche. À l’arrière-plan, une ardoise indique une compagnie et une date, du « 5 au 16 7bre ». Le cliché a donc pu être pris en septembre, mais l’année est inconnue. La porte ouverte donne sur un bas flanc surmonté d’une planche. Le couchage permet aux gardes de se reposer et la planche de poser leurs effets4.

Le fonds numérisé des plaques de verre d’Alphonse Weick n’est clairement pas complet. En effet, il est fort probable que certaines plaques aient été perdues ou simplement non vendues. En effet, on trouve d’autres cartes postales de l’entrée de la caserne Chérin produites par Alphonse Weick. Preuve de l’intérêt qu’il portait au sujet. Dans cette publication trouvée sur Facebook5, on a une autre vue du portail prise pendant une saison froide vu l’absence de feuilles dans les arbres.

Ce dernier cliché est celui qui figure sur la couverture de l’album du 10e BCP, daté de 1912 selon l’inscription manuscrite ajoutée sur la couverture. L’ensemble des photographies est d’Alphonse Weick, qui en est l’éditeur.

Source : Site du Chtimiste, consulté le 15 août 2026. http://www.chtimiste.com/album/Chasseurs/Chasseurs%201-32/10e%20Bataillon%20de%20Chasseurs/Albums/Album%201912/00.jpg
- Qu’est devenue cette entrée de caserne ?
Les CPA prises après-guerre illustrent deux étapes de la vie de cette entrée. Sur la première, probablement datant des années 1920, seule la guérite est d’un nouveau modèle. Pour le reste, le portail est resté le même, ses ferronneries ayant échappé à la destruction pendant la guerre.

https://en.geneanet.org/public/img/gallery/pictures/cartes_postales/1f/5962468/large.jpg
La seconde, non datée mais postérieure montre de nets changements. Les vantaux du portail ont disparu, tout comme le nom de la caserne dans la ferronnerie, un pilier et la porte pour piétons de gauche. Le sol conserve son pavage et les traces des structures disparues.

La caserne Chérin est désaffectée du domaine militaire en 19506.
- En guise de conclusion
Ce fonds contient des clichés de grande qualité qui mériteraient une étude approfondie. Lorsque le grain de l’image et la numérisation sont satisfaisants, l’analyse en est d’autant plus agréable et facilité. C’est en tout cas une invitation à découvrir en haute résolution ces clichés (les liens sont dans les sources).
Ces quelques images de l’entrée de cette caserne permettent d’observer la physionomie des lieux et le moment précis de la relève de la garde. Si elle n’a pas l’attrait de la relève de la Garde d’Angleterre, elle n’en est pas moins codifiée et réglementée. Il est dommage que cette série ne soit pas datée, cela permettrait d’essayer d’identifier le lieutenant chargé de cette relève.
- Pour aller plus loin :
Étude de l’entrée de la caserne du 89e RI de Sens :
- Sources :
Site donnant accès à toutes les images étudiées : https://galeries.limedia.fr
Pour en savoir plus sur le projet : https://limedia.fr/l-histoire-du-projet
À propos d’Alphonse Weick : https://escales.saint-die-des-vosges.fr/patrimoine/les-collections/fonds-weick
Rue d’Alsace
Médiathèque intercommunale de Saint-Dié-des-Vosges, SD 8
https://galeries.limedia.fr/ark:/62931/d48c1lcp6rxt4rt3
Entrée de la caserne (vue extérieure)
Médiathèque intercommunale de Saint-Dié-des-Vosges, 10732
https://galeries.limedia.fr/ark:/62931/dtm65rcts6dnv4ll
Entrée de la garde dans la caserne (vue intérieure)
Médiathèque intercommunale de Saint-Dié-des-Vosges, SD 105
https://galeries.limedia.fr/ark:/62931/d25z1tbd4jc9rj23
Saint-Dié-des-Vosges – 10e B.C.P. Entrée caserne Chérin
Médiathèque intercommunale de Saint-Dié-des-Vosges, SD 106
https://galeries.limedia.fr/ark:/62931/dj83z5b9tlbj9qmj
Saint-Dié-des-Vosges – 10e B.C.P. Entrée caserne Chérin
Médiathèque intercommunale de Saint-Dié-des-Vosges, SD 109
https://galeries.limedia.fr/ark:/62931/dh2bv1v4g3sj19rl
Le 10e B.C.P., poste de police, parade de la garde
Médiathèque intercommunale de Saint-Dié-des-Vosges, 6396
https://galeries.limedia.fr/ark:/62931/dz7mq3s8rwrrt9vl
Saint-Dié-des-Vosges – 10e B.C.P. mess des sous-officiers
Médiathèque intercommunale de Saint-Dié-des-Vosges, SD 108
https://galeries.limedia.fr/ark:/62931/dfzq1xtth8kzvl39
Entrée de la caserne de Remiremont
Médiathèque intercommunale de Saint-Dié-des-Vosges, 4102
https://galeries.limedia.fr/ark:/62931/dl1m0sf2g71bg0jr
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- Nom du général de Division de la Première République (1762-1799).
Louis Nicolas Hyacinthe Chérin — Wikipédia ↩︎ - https://fr-fr.topographic-map.com/map-2t6/Saint-Di%C3%A9-des-Vosges/?center=48.26864%2C6.98066&zoom=19&popup=48.26867%2C6.98051 ↩︎
- Un cliché pris quelques années plus tard à l’entrée de la caserne Chérin montre un état identique à la guérite de Remiremont. Le cliché est en vente sur le site Ebay. Consulté le 13 août 2026.
https://www.ebay.fr/itm/353316360542?customid&toolid=10050 ↩︎ - https://www.fort-de-bron.fr/decouvrir/les-locaux-disciplinaires-du-fort-de-bron/ ↩︎
- https://www.facebook.com/groups/532210091499383/posts/1738531917533855/
Page consultée le 13 août 2026. ↩︎ - https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1567063q/f29.image ↩︎
