Aller au contenu

Georges Carpentier, champion des mi-lourds en 1919

Pourquoi raconter le parcours militaire de Georges Carpentier quand sa vie a fait l’objet de nombreux articles et livres, y compris autobiographiques ? Ce grand champion dès avant-guerre a fait l’objet d’une attention médiatique qui s’est poursuivie pendant le conflit. Son parcours ressemble-t-il alors à celui des autres boxeurs ?

Il a fait des choix différents de ceux de nombreux sportifs, même si on retrouve parfois des similitudes.

Première similitude, il semble peu intéressé par ses obligations militaires, ne se présentant pas au conseil de révision de sa classe en 1914. Il est donc classé « bon absent ». Mais la mobilisation chamboule sa vie : il choisit de ne pas attendre l’appel de sa classe, pourtant avancé à septembre 1914, pour s’engager volontairement pour la durée de la guerre. C’est clairement une stratégie pour rejoindre une arme qui se rapproche de sa vision du combat : l’aviation. Il explique dans un article en 1917 qu’il avait un temps pensé abandonner la boxe pour l’aviation. En 1914, ce n’est pas le choix de la sécurité car c’est une arme très dangereuse tant les accidents sont nombreux, avant même les premiers combats aériens.

Ses premiers mois sont frustrants pour lui : il est chauffeur automobile pour un officier attaché au centre de Saint-Cyr et fait régulièrement le trajet Versailles-Paris. Il doit être également préoccupé par le sort de sa famille, passée sous contrôle allemand. Ce n’est qu’en 1917 qu’elle est rapatriée. C’est la raison pour laquelle la personne à contacter en cas d’incident n’est pas sa famille mais son manager Descamps.

Il réussit à se faire envoyer comme élève pilote au camp d’Avord. Il y arrive le 3 janvier 1915 et apprend à utiliser un aéroplane. Il obtient son brevet de pilote le 24 mai 1915. Il indique qu’il n’a qu’un accident, une collision qui n’est pas de son fait. Il rejoint le Bourget pendant un mois avant d’être envoyé au front dans une escadrille.

Le site d’Albin Denis permet de préciser ses affectations. Il est pilote de l’escadrille MF 14 du 1er août au 11 septembre 1915 (pilote de la Réserve Générale de l’Aéronautique du 16 août au 11 septembre 1915). Il est finalement envoyé à l’escadrille MF 5 du 11 septembre 1915 au 10 avril 1916 puis l’escadrille MF 8 du 10 avril au 6 décembre 1916 où il s’illustre.

Ses différentes affectations lui permettent de remplir des missions variées, accompagné de son observateur, comme il le précise une nouvelle fois en 1917 : reconnaissance, observation, photographie, réglage d’artillerie et liaison avec l’infanterie. Seule la chasse n’est pas son domaine.

Devant voler parfois à basse altitude, son avion est parfois touché par des éclats d’obus ou des balles.

Il est cité à l’ordre de la 4e armée le 18 novembre 1915 : « Le 25 septembre 1915, n’a pas hésité à voler par temps de brume et de pluie à moins de 200 m au dessus des lignes ennemies, a donné en maintes circonstances la preuve d’un sang froid et d’une énergie remarquables, ne rentrant jamais que sa mission terminée et souvent avec son avion criblé de balles et d’éclats d’obus. »

Sa seconde citation est obtenue le 15 novembre 1916 : « Sergent pilote d’une très grande habileté ; s’impose à tous par la bravoure et l’entrain avec lesquels il exécute presque chaque jour les missions les plus périlleuses, s’est particulièrement distingué pendant l’attaque du 26 octobre 1916 en survolant les lignes à une très faible altitude pendant près de 4 heures malgré les conditions atmosphériques très défavorables, faisant ainsi preuve d’un complet mépris du danger. Déjà cité à l’ordre de l’armée. »

Avant ses citations.

Il reçoit la Médaille militaire des mains du Président Poincaré.

Lors d’une reconnaissance dont la date est inconnue, son avion s’écrase dans une forêt suite à une panne moteur. Il reste accroché aux branches d’un arbre. Il est sauvé grâce à un autre pilote qui repère son emplacement.

Le 7 décembre 1918, il est hospitalisé pour asthénie, c’est-à-dire une fatigue anormale. Mais ce n’est pas une simple fatigue. D’abord hospitalisé à Viry-Châtillon du 7 décembre au 15 janvier, il est envoyé au CSR de Clignancourt du 16 au 27 janvier 1917. Après une période de convalescence jusqu’au 30 mai. Il est à nouveau hospitalisé du 31 mai au 19 juillet dans l’hôpital Buffon, puis du 19 juillet au 13 octobre à l’hôpital temporaire du Grand Palais à Paris. Finalement, il passe plusieurs mois à l’hôpital auxiliaire 272 de Paris jusqu’en janvier 1918. Il part deux mois en convalescence.

Sa dernière aventure militaire commence probablement en mars 1918 quand il passe à l’école de Joinville. Elle s’achève avec sa démobilisation en août 1919. Il y est moniteur d’entraînement général, dirigeant des entraînements des élèves. Mais il est aussi chargé d’enseigner des techniques de corps à corps liées à la boxe, utilisables dans le cadre d’un combat contre un ennemi désarmé.

Comme la grande majorité de ses condisciples pugilistes mobilisés, il n’est pas sans remettre ses gants à de nombreuses reprises dans la seconde partie du conflit. Par contre, pour lui il n’y a pas de combats professionnels comptabilisés dans sa carrière. Est-ce un choix personnel ? Une décision supérieure afin de ménager une personnalité publique et un grand champion ? Au cœur de nombreuses rumeurs, toujours sous les projecteurs de la presse, comme son départ avec Navarre pour former des pilotes aux États-Unis, on suit ses activités. Cette rumeur, ses décorations font le tour de la presse française.

Il participe à deux types de combats. D’abord les exhibitions réalisées dans ses unités. Elles ont laissé peu de traces, mais une couverture de journal en atteste :

La vie au grand air 15 juin 1916.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65198964

Il y a ensuite les exhibitions, des combats courts et sans enjeu autre que de régaler le public, sans courir trop de risques pour les sportifs mobilisés. Par exemple, en novembre 1916, il fait une exhibition de 3 rounds pendant la réunion du Trocadero au profit des blessés militaires. En avril 1918, il participe à une démonstration de boxe contre un soldat américain à Saint-Aignan dans le Loir-et-Cher.

On le retrouve avec l’équipe militaire de Joinville lors d’une compétition de l’UFSFA en septembre 1918 où il montre de grandes qualités dans de nombreuses disciplines de l’athlétisme. C’est l’époque aussi où il s’investit dans le rugby en jouant trois-quarts au S.C.U.F. pendant une saison.

À partir de 1919, il reprend l’entraînement dans le Cher chez son manager Descamps pour se prépare à son premier combat contre l’Anglais Dick Smith. S’ouvre alors la dernière phase de sa carrière qui va lui donner le titre de Champion des mi-lourds en Europe puis dans le Monde.

Il est décédé le 27 octobre 1975.

  • Sources Carpentier

Sa carrière pugilistique : https://boxerlist.com/boxer/georges-carpentier/8993

Gallica

Portrait en 1911 : Rol 20335
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531142824

Portrait en 1915 devant un avion : Rol, 44799
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69081725

Couverture de J’ai vu du 13 mars 1916
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7059742b

Couverture de Le Miroir du 8 novembre 1914
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6527313s

Article dans La vie au grand air du 15 mars 1917
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6519900k/f7.item

Article dans La vie au grand air du 1er juin 1918, à Joinville
https://www.retronews.fr/journal/la-vie-au-grand-air/01-juin-1918/29/fdf42b6f-ad80-4d1e-aeee-c792716c8efd?utm_source=referrer&utm_medium=embed-externe

Archives départementales du Nord

Fiche matricule de Carpentier Georges, classe 1914, matricule 105 au bureau de recrutement de Béthune.
http://archivesenligne.pasdecalais.fr/v2/ark:/64297/c0c5bf69caa1489d5db9a2120bea3713

Archives nationales

19800035/1347/56061 : dossier de la Légion d’honneur de Georges Carpentier.

Site d’Albin Denis :
http://albindenis.free.fr/Site_escadrille/escadrille008.htm

Extraits de ses mémoires sur la période :
https://medium.com/@pasleroy1966/georges-carpentier-le-boxeur-aviateur-edff240957c1

Sur sa vie et le rôle déterminant du manager :

Dorvillé, Christian. « Georges Carpentier. Du galibot lensois à l’homme à l’orchidée ». Grandes figures sportives du Nord-Pas de Calais, édité par Christian Dorvillé, Presses universitaires du Septentrion, 2010, https://doi.org/10.4000/books.septentrion.117975.


Revenir à la liste des biographies de boxeurs dans la Grande Guerre

Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *