Aller au contenu

Autobiographie qui conte une expérience combattante

SAUVAGE Marcel, Ça manque de sang dans les encriers, Mémoires 1895-1981, Paris, Éditions Claire Paulhan, 2021, 524 pages.

Le travail des éditions Claire Paulhan est toujours remarquable : préface dense et soignée, appareil critique précis. Ici, il est poussé à l’extrême avec des notes de bas de page au final plus importantes que le texte lui-même. Cela se justifie pour les éléments biographiques des personnes citées tant Marcel Sauvage connut un nombre très important de personnalités de la presse et de la littérature. Mais une telle masse aurait pu être mise en fin d’ouvrage dans une annexe. D’autres sont peut-être moins pertinentes quand il s’agit d’éléments plus simples à trouver (contexte, personnalités très connues…). Cela aurait allégé un peu. Les plus utiles sont surtout celles qui mettent en évidence un problème avec ce qu’écrit Marcel Sauvage. En effet, la réalité de ce qu’il écrit pose parfois problème, en particulier dans la partie qui s’intéresse à sa participation à la Première Guerre mondiale.

Cette autobiographie est surprenante. Vincent Wackenheim, qui a annoté l’ouvrage, le note plusieurs fois : il n’est pas possible de recouper tout ce qu’affirme Marcel Sauvage ou ce qu’il écrit n’est pas exact. C’est le cas par exemple pour sa scolarité.

Il consacre quarante pages à sa participation à la Première Guerre mondiale, de l’appel de sa classe à sa démobilisation. Cette partie est différente des autres. Il commence par reprendre ce que dit l’administration militaire dans les documents en sa possession, critiquant certaines omissions. Ensuite, il reprend chronologiquement son parcours, mais très rapidement, n’insistant que sur quelques moments clefs : quand il est évacué à cause des gaz, sa grave blessure et ses conséquences. Ce qui est le plus étonnant par rapport à tout le reste de cette autobiographie est à quel point il est centré exclusivement sur son parcours. Alors que dans le reste de l’ouvrage il cite d’abondantes anecdotes très précises, datées sur les personnes qu’il rencontre, dans sa partie sur la guerre, il n’en est rien. Le camarade qui le sauve en l’emmenant au centre de soins et qui se fait tuer ensuite : non nommé. Comme s’il avait été isolé. En fait, il reprend quelques anecdotes dont il a déjà parlé dans ses nouvelles dans Le premier homme que j’ai tué. Sinon, il remet ce qui lui arrive dans le contexte déformé par sa vision. Il développe plus son parcours de pacifiste de plus en plus engagé. Et c’est tout.

Il ne donne aucune clef pour comprendre ses écrits de guerre. Il ne mentionne ni les circonstances de sa rédaction ni même les épisodes qui entourent sa publication en 1929. Pas un mot, alors qu’il est si prolixe sur sa carrière d’écrivain, sur sa carrière professionnelle après sa démobilisation. Ce choix est surprenant. Il n’y a donc aucune prise de recul, aucun apport dans son parcours à l’exception de quelques souvenirs vagues. Aucun nom de camarades, quelques légendes qu’il s’approprie comme celles de gendarmes écrasés en automitrailleuse par des mutins en 1917. Page 83, il revient sur l’exécution à laquelle il a participé, modifiant ce qu’il en disait dans Le premier homme que j’ai tué. Pas de Jacob dans les bases de données d’exécutés, les détails qu’il donne ne correspondent toujours à rien. Idem pour l’assassinat d’un officier qui aurait voulu le faire monter au combat alors qu’il était gazé, page 73. Il attribue son affectation dans un groupe de nettoyeurs de tranchées comme une mesure disciplinaire sans aucune précision.

  • Son parcours de guerre recoupé

Étudiant en médecine, Marcel Sauvage est déclaré bon pour le service armé. Il est appelé avec sa classe, 1915, le 19 décembre 1914. Il est affecté à la 35e compagnie du dépôt du 131e RI. Il devient 1ère classe le 8 avril 1915. Il n’est affecté en unité combattante que le 17 septembre 1915, au 58e BCP (bataillon de réserve du 18e BCP).

Gazé, il est affecté au 31e RI le 6 mars 1916. Évacué pour maladie le 2 mai 1916, il rejoint la 22e compagnie du 350e RI le 30 mai 1916. Infirmier, il est grièvement blessé à Sailly-Saillisel. Après des soins, il est à nouveau envoyé au dépôt en août 1917 – 29e compagnie – mais son état de santé conduit à des hospitalisations à Chartres en octobre 1917 et à Paris jusqu’à sa démobilisation.

  • En guise de conclusion

Cette autobiographie, si elle affine un peu son parcours, n’apporte rien pour la compréhension de ses écrits de guerre. Au contraire, elle ajoute de la suspicion sur ce qu’il a pu raconter. Les noms, les anecdotes sont impossibles à recouper car trop imprécis. C’est étonnant tant il sut être précis dans son texte pour son parcours littéraire et pour les anecdotes avec les personnes qu’il rencontra au fil des décennies.

En somme, Marcel Sauvage mit sa plume exclusivement au service du monde de la littérature. Les anecdotes concernant son parcours militaire, à l’exception de ses soins, sont à mettre pour l’instant dans la catégorie du conte.

  • Le témoignage de l’auteur sur son expérience combattante :
  • Se procurer le livre

https://www.clairepaulhan.com/catalogue/p/memoires-1895-1981-marcel-sauvage

(lien sans affiliation ni contre-partie)

Archives de la Seine

D4R1 1876 : fiche matricule de Marcel Pierre Léon Sauvage, classe 1915, matricule 1910 au bureau de recrutement de Seine 4e bureau.


Retour à la liste des livres

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *