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Trésors d’Archives n°5 – Exemption de période d’exercices

Une fois libérés de leur service actif, les hommes devaient encore revenir au moins trois fois à la caserne pour des périodes d’exercices. Ils étaient informés par affichages et par courriers. Chaque période était une obligation mais un volant de dispense était attribué. Les demandes devaient être argumentées. En voici un exemple.

  • Mettre toutes les chances de son côté

Marin Désillère ne veut pas faire la dernière période d’exercices à laquelle il est convoqué en octobre 1903. Il fait le dossier nécessaire, le transmet au maire de sa commune, demandant probablement qu’il l’envoie au préfet accompagné de cette lettre :

« Mairie de Châtres, Canton d’Evron (Mayenne)
Châtres, le 15 7bre 1903

Le Maire de Châtres à
Monsieur le Préfet de la Mayenne

J’ai l’honneur de vous faire parvenir ci-joint le dossier de Désillère Marin-Léon, Cultivateur en cette commune, appelé le 14 8bre prochain à Laval pour y accomplir une période d’exercices de 13 jours.

Je vous prie, Monsieur le Préfet, de bien vouloir émettre un avis favorable à la présente demande de dispense de 13 jours et de faire parvenir ensuite avec les pièces nécessaires y annexées à Monsieur le Général de Brigade à Laval.

Le Maire de Châtres
M. de Montecler
« 

Il a aussi fait appel au conseiller général qui y va de sa lettre de recommandation.

« Le Rocher Mejaugon (?)
19 sept. 1903

Mon cher Préfet

Le nommé Desilière (Marin Léon), de la classe 1886, appelé pour une période d’exercices de 13 jours, a fait une demande en vue d’obtenir une dispense. Il est père de quatre enfants et a charge de famille. Sa demande me paraît digne d’intérêt et je vous serais très obligé de vouloir bien l’appuyer auprès de l’autorité militaire.

Agréez, mon cher Préfet, l’assurance de mes très distingués sentiments

André de Meaucaire (?)
Conseiller général« 

Le cabinet du préfet Ernest Seignouret n’a pas attendu cette seconde lettre pour lancer son enquête car les simples dires du maire ne suffisent pas.

« Département de la Mayenne
Cabinet du Préfet

Très confidentiel

Laval, le 18 7bre 1903

Monsieur

J’ai l’honneur de nous prier de bien vouloir me fournir des renseignements sur les antécédents, la conduite, la situation de famille et de fortune et l’attitude politique de

M. Désillère Marin Léon, cult. À Châtres qui demande la dispense de sa période de 13 jours.

Réponse

Châtres, 19 7bre 1903

Monsieur le Préfet,

J’ai l’honneur de vous faire connaître que le sieur Désillère Marin Léon Cultivateur à Courtachien en cette Commune n’a pas de fortune personnelle. Il exploite comme fermier une ferme importante de 35 hectares environ. Il a une bonne conduite et est généralement estimé dans la Commune. Comme politique, il est certainement réactionnaire et clérical à en juger surtout par l’instruction qu’il fait donner à ses quatre enfants, lesquels sont confiés aux écoles congrégationistes d’Evron.

Veuillez agréer Monsieur le Préfet l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

J. Létard
Instituteur à Châtres
« 

Aucun brouillon ne dit quel fut l’avis émis par la préfecture. Par contre, il est simple de savoir quel fut le résultat de cette demande.

  • Résultat de la demande

La fiche matricule de Marin Désillère indique qu’il a bien accompli sa période du 14 au 26 octobre 1903 au 25e RIT de Laval. Malgré se demande appuyée, il n’a donc pas obtenu le sursis désiré.

Comment l’expliquer ? Il n’y a pas de moyen de le savoir en l’état actuel des sources conservées. Par contre, on peut relever les mots de l’instituteur dans son rapport qui ont pu jouer en la défaveur du demandeur : « réactionnaire et clérical » à un moment où le ministère de la guerre a mis en place son système de fiches pour freiner les carrières des officiers justement « réactionnaires et cléricaux ». Dans le même ordre d’idées, le général André en 1902 a fait savoir que les affectations spéciales de jeunes recrues étaient à proscrire pour les opposants à la République. Reste que rien ne permet d’affirmer que c’est la cause de ce refus, en effet il existe au moins une autre explication plausible à ce refus.

Marin Désillère avait déjà été exempté de sa précédente période d’exercices (dispensé 6%) et probablement bénéficié d’une période raccourcie pour sa première période (14 jours au lieu de 28). Cela a peut-être joué contre lui.

De plus, on ne sait pas qui mit son veto à la demande : le préfet en émettant un avis défavorable ou l’administration militaire ?

  • En guise de conclusion

Déjà, le Français il y a un siècle jouait de ses relations pour essayer d’obtenir ici une dispense. Mais  l’appui n’était pas synonyme d’obtention systématique de ce que l’on voulait comme le montre cet exemple. Difficile de dire si le refus ici est dû au contexte anticlérical et de lutte contre les opposants à la République. Seule certitude, trop âgé pour être mobilisé en 1914, Marin Désillère resta à sa ferme pendant la guerre.

  • Sources

Archives départementales de Mayenne : https://archives.lamayenne.fr/

– R 1585

– R 1348, Fiche matricule de Main Léon Désillère, classe 1886, matricule 536 au bureau de recrutement de Laval (vue 38).

Mise en ligne de la page : 15 octobre 2017.


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