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Trésors d’Archives n°12 – Engagé volontaire à 16 ans

17 ans. C’est l’âge auquel on était autorisé à s’engager dans l’armée française pendant la guerre. Certains jeunes garçons tentèrent de s’engager bien plus jeunes. C’est le cas de Paul Cochy.

  • Engagé volontaire à 16 ans

Ministère de la Guerre
Direction de l’Infanterie
2e Bureau
Recrutement

Paris, le 18 NOV 1915

Le Ministre de la Guerre
à Monsieur le Préfet de l’Orne
à ALENCON

Il m’a été rendu compte que le jeune COCHY Paul Louis né le 16 janvier 1899 a été admis à contracter le 5 mars 1915 à la mairie d’Alençon un engagement pour la durée de la guerre au titre du 43è régiment d’infanterie en se disant né le 16 janvier 1897.

L’intéressé n’a pas encore 17 ans.
Dans ces conditions, j’annule l’acte qu’il a souscrit irrégulièrement.
D’autre part, ce jeune homme devra être rayé des tableaux de recensement sur lesquels il figure à tort.
J’ai l’honneur de vous prier d’en informer M. Le Maire d’Alençon.

Pour le Ministre et par son ordre
Le Colonel, Directeur de l’Infanterie
E. Margot

Mentions manuscrites en marge :

Classe 1917
Réfugié
N°1 – Est
22-11-15

1 copie pour le tableau cantonal
1 copie pour le maire d’Alençon avec la mention suivante :
« Transmis à Monsieur le Maire d’Alençon avec prière de s’assurer, en ce qui le concerne, de l’exécution de cette décision ».

Signature illisible.

Impossible de dire quelles furent les motivations de ce jeune homme ni quelles furent les complicités dont il bénéficia pour réussir à s’engager ainsi. Un mineur devait obtenir l’autorisation de son tuteur légal. Ce document montre que l’administration était rigoureuse à ce sujet : pas question de laisser des mineurs de moins de 17 ans s’engager. On comprend mieux que ceux qui réussirent à combattre ne firent connaître leur vrai âge qu’une fois les 17 ans atteints. Ceci explique le nombre de cas extrêmement faible de combattants de moins de 17 ans.

  • Un jeune homme têtu !

Les quelques éléments sur Paul Cochy dans ce document ont permis à Thibaut Vallé de retrouver la trace de ce jeune homme. Né à Colombes, fils de Pierre et de Dehaisne Augustine Blanche, on ne sait rien des raisons pour lesquelles il se retrouva à Alençon pour s’engager. Comment interpréter la mention marginale « Réfugié »  dans le document ?

On ne sait pas plus ce qui le poussa, après son échec, à aller dans le Nord et ce qui le conduisit à se faire recenser dans le canton d’Orchies avec la classe 1917. En effet, le document à notre disposition est une reconstitution des états de service absolument vide à l’exception de l’indication de ses parents et de sa date de naissance : le 16 janvier 1897 ! L’erreur est flagrante mais c’est bien ce qui est inscrit : il mentit donc une fois encore afin de se faire passer deux ans plus vieux qu’il n’était.

On peut imaginer ce que fut son raisonnement : en mentant sur son âge, il dut être incorporé avec la classe 1917 en janvier 1916. Peut-être le fut-il alors quelques jours avant ses 17 ans ! A-t-il trouvé un maire peu regardant sur son âge ? Hélas, rien ne permet de le dire tant le document des AD59 est vide : pas de date d’incorporation, aucune indication sur son parcours et sur son destin de soldat. Ce que l’on sait sur Paul Cochy s’arrête donc là car ni l’acte de mariage de sa sœur en 1924 ni son propre acte de naissance, vierge de toute inscription marginale, ne nous en apprennent plus.

  • Remerciements

Une fois de plus, Thibaut Vallé a été d’une grande aide pour retrouver les traces de ce jeune homme.

  • Sources

Archives départementales de l’Orne, R 208.

Archives départementales du Nord, feuillet nominatif de contrôle de Paul Cochy, classe 1917, matricule 14 au bureau de recrutement de Valenciennes-Douai, 1 R 3384.

Archives départementales des Hauts de Seine, acte de naissance, E_NUM_COL_N1899 – 1899, vue 7, acte 19.

Mise en ligne de la page : 25 mars 2018.


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