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Réserve de l’armée d’active, territorial et RAT

Une fois leur temps dans l’armée d’active achevé, les conscrits deviennent des réservistes dont le parcours va se diviser en plusieurs phases successives jusqu’à la fin de leurs obligations militaires.

  • Les étapes des obligations après la fin du service actif

En général, un homme est affecté administrativement à la réserve de l’armée d’active quelques jours après sa libération du service actif. Avant 1905, cela pouvait être deux ans après sa libération s’il n’avait fait qu’un an au lieu de trois.

Cette information figure sur les fiches matricules :

   – La réserve de l’armée d’active :

Une fois son service actif achevé, la recrue quitte sa caserne et l’armée d’active : il devient un réserviste. C’est-à-dire qu’il peut être appelé en cas de mobilisation pour compléter les effectifs des unités d’active ou pour former une unité de réserve. On dit qu’il est alors dans la réserve de l’armée d’active.

La durée de passage dans cette réserve varie suivant la loi de recrutement.


Loi de 1872Loi de 1889loi de 1905Loi de 1913
 Réserve de l’armée d’active4 ans7 ans11 ans11 ans

Pendant qu’il est dans la réserve de l’armée d’active, le réserviste doit effectuer deux périodes d’exercices. Toutes ces informations sont inscrites dans une partie de la fiche matricule de chaque homme :

    – L’armée territoriale :

Les soldats territoriaux sont théoriquement destinés à des missions plus statiques, moins exposées. Ces hommes composent des régiments spécifiques. Dans l’infanterie, il s’agit des régiments d’infanterie territoriale. Voici la durée passée dans la territoriale :


Loi de 1872Loi de 1889loi de 1905Loi de 1913
 Armée territoriale5 ans6 ans6 ans7 ans

Pendant qu’il est dans l’armée territoriale, le réserviste doit faire une courte période d’exercices. Ensuite, il passe dans la réserve de l’armée territoriale. Comme pour l’active, cette réserve de l’armée territoriale (ou R.A.T.) est composée des hommes les plus âgés, destinés à compléter les rangs des régiments de territoriaux ou à des fonctions plus éloignées du front (Service des GVC, service de place par exemple). Suivant la loi de recrutement, les réservistes de la RAT y passent :


Loi de 1872Loi de 1889loi de 1905Loi de 1913
 Réserve de l’armée territoriale6 ans9 ans6 ans7 ans

Les informations sont notées dans cette partie de la fiche matricule :

Enfin, après toutes ces années, le réserviste était dégagé des obligations militaires.

Les règles d’affectation des réservistes

L’affectation au cours du service actif et en tant que réserviste varie très souvent. Même s’il avait fait son service actif dans une unité à la frontière, loin de chez lui, l’homme une fois devenu réserviste était réaffecté dans une unité proche de son domicile. Cela facilitait la gestion administrative, limitait les transports.

Évidemment, si une recrue a fait son service actif dans un corps proche de son domicile, il est fréquent qu’il n’en change pas en tant que réserviste.

On trouve trace de cette affectation comme réserviste de l’armée d’active dans la partie droite de la fiche matricule et dans les parties réservées aux périodes d’exercices.

La même règle est suivie pour le soldat qui est territorial : il est affecté à un régiment territorial, celui qui est le plus proche de son domicile.

Un changement de résidence, s’il éloignait l’homme de son régiment d’attache, entraînait un changement d’affectation visible dans la fiche matricule dans le cadre pré-cité et dans l’unité où a été faite la période d’exercices suivante.

  • L’information des réservistes

Ces obligations n’étaient pas inconnues des hommes concernés.

D’abord, des théories étaient faites par les officiers pendant le service actif. On en trouve un exemple dans cette publication de 1880. Sous la forme de questions/réponses, on peut constater la précision des informations données et à maîtriser pour la recrue. En voici un exemple.

Prouvost, Obligations imposées par les lois et instructions sur le recrutement et la mobilisation de l’armée, Lille, Imprimerie L. Danel, 1880. 35 pages. Accès direct au document dans Gallica.

Vous pouvez aussi consulter cet exemple moins ancien au 28e RI mis en ligne par Vincent Le Calvez.

Pour compléter ces théories, il apparaît que certains régiments offraient un livre pour rappeler aux hommes quittant leurs rangs leurs obligations. Il y en a un exemple sur Gallica, au 28e Régiment d’artillerie qui est introduit de la manière suivante :

« Aux anciens canonniers du 28e Ce petit guide vous a été donné au moment de quitter le service pour rentrer dans vos foyers. Conservez-le précieusement. Toutes vos obligations militaires y sont résumées.Avec ce petit livre, vous pourrez savoir, en toute circonstance, ce que vous devez faire (…). »

Anonyme, Petit guide de l’homme dans ses foyers, Vannes, Imprimerie Lafolye, 1900. 43 pages.
Accès direct à l’ouvrage dans Gallica.

Des affiches étaient placardées tous les ans dans les communes. Elles informaient la population des périodes d’exercices et autres obligations, donnaient la répartition des classes valable du 1er octobre de l’année au 30 septembre de l’année suivante. La presse relayait également les informations. Ainsi, chacun connaissait les obligations auxquelles sa classe était assujettie.

Un exemple d’article de journal :

Un exemple d’affiche (source : Bibliothèque numérique de Roubaix, Affiche des appels prévus en 1914. Accès direct à la notice.) :

Sans oublier que les réservistes à partir de 1901 étaient avertis par courrier de leur convocation à une période d’exercices (auparavant, c’était un travail des services de la commune).

Une littérature abondante existait également sur le sujet. Probablement moins lue que la presse ou a fortiori les affiches qui se trouvaient dans toutes les communes, ces ouvrages devaient tout de même avoir un succès réel tant les exemples sont nombreux. En voici quelques-uns, tous disponibles sur Gallica.

Anonyme, Obligations imposées par la loi aux réservistes et territoriaux, Paris, éditions H. Charles Lavauzelle, 1886. 32 pages. Accès à l’ouvrage dans Gallica.Chapuis Félix, Livre du soldat dans ses foyers, Nancy, éditions Berger-Levrault, 1902, 61 pages. Accès à l’ouvrage dans Gallica.

D’autres ouvrages ciblaient les enfants, les futures recrues, les préparant à leurs prochaines obligations, soit dans le cadre scolaire, soit dans le cadre de lectures personnelles. En voici quelques exemples.

Dans l’ouvrage de Paul Bert, parmi les notions fondamentales de l’instruction civique à l’école figure le service militaire. Il rappelle le programme :

« Programme officiel du 27 juillet 1882 (COURS MOYEN ET SUPÉRIEUR) INSTRUCTION CIVIQUE Notions générales sur l’organisation politique, administrative et judiciaire de la France :
Le citoyen. ses obligations et ses droits; l’obligation scolaire, le service militaire, l’impôt, le suffrage universel. 
»

Paul Bert, L’instruction civique à l’école : notions fondamentales. Paris, éditions Picard-Bernheim, 1882. 178 pages. Accès direct sur Gallica.

Des livres pour les élèves comme celui-ci, répondant au programme de 1882 :

Bruno G., Les enfants de Marcel : instruction morale et civique en action, livre de lecture courante, cours moyen. Paris, éditions Veuve E. Belin et fils, 1888. Accès direct dans Gallica.

C’était également le cas des « best-sellers » de l’époque :



Bruno G., Le tour de France par deux enfants : devoir et patrie, Livre de lecture courante (191e édition), Paris, éditions Veuve E. Belin et fils, 1889. Accès direct dans Gallica.E. Lavisse, Tu seras soldat, Paris, Armand Colin, 1901 (17e édition). Cet ouvrage est librement accessible sur le site Archives.org.
  • Les réservistes en images

Le retour à la caserne fait souvent l’objet de photographies, quelle que soit la période. On y observe des hommes un peu plus âgés, voire nettement plus dans le cas de la période des territoriaux.

Cliquez pour lire l’étude de cette photographie
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Certaines sont plus explicites au niveau de leur contexte. Ci-dessous, un participant a noté qu’il s’agissait de sa période de 9 jours de territorial.

  • Les réservistes dans la culture populaire

Le réserviste devient dans le dernier quart du XIXe siècle une figure dont les mésaventures sont au centre de nombreuses comédies théâtrales, de chansons. Ces représentations, souvent caricaturales, s’avèrent être malgré tout un moyen très utile pour nous pour comprendre ce qu’étaient ces périodes d’exercices, comment elles étaient vécues (puis caricaturées), l’importance qu’elles avaient.

Les aventures du réserviste Potiron chez l’incontournable Courteline, même si l’arme est la cavalerie, en sont un excellent exemple :

Courteline Georges, La vie de caserne, Paris, éditions A. Magnier, 1896, 149 pages. Accès direct à « Potiron » dans Gallica.

Le réserviste et ses périodes d’exercices sont au centre de romans et de vaudevilles.



Affiche du théâtre des Bouffes-du-Nord : Les 28 jours de Clairette. 1885 Source : Gallica. Accès direct à l’affiche.Audigier Georges, Réserviste : mœurs militaires, Chateauvieux, Paris, éditions Chamuel, 1898, 357 pages. Accès direct sur Gallica.

Il est aussi une figure centrale pour les chantres du patriotisme, que ce soit dans des poèmes ou que ce soit dans des ouvrages.

Sans compter les « images d’Épinal » sur le sujet, que l’on retrouve dans les fameuses images d’Épinal, sur les cartes postales du début du XXe siècle ou sur des séries d’assiettes décorées.

Série aux armes d’Épinal. N° 83, Histoires & scènes humoristiques, contes moraux, merveilleux : À propos de la loi sur l’armée. Imagerie Pellerin, 1892. Accès direct dans Gallica.
Série aux Armes d’Épinal. N° 78, Histoires & scènes humoristiques, contes moraux, merveilleux. Les 28 jours de Raphaël. Imagerie Pellerin, 1892. Accès direct dans Gallica.

Et pour finir cette présentation, voici une assiette représentant un motif lié aux réservistes (ici, dans la cavalerie).

La suite de la recherche :

En savoir plus sur les périodes d’exercices.


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