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9 – 28e RI, lieu inconnu, 1908.

Je ne vais pas faire durer le suspens inutilement : cette nouvelle carte est liée à la précédente étude. Achetée en même temps que celle-ci, la partie « correspondance » fait penser qu’elle vient du même soldat : Claude.

  • Le même Claude ?

Voici la partie correspondance de la présente carte :

Le texte en lui-même nous en apprend bien peu. Correspondance à 5 centimes pour 5 mots maximum + signature. Même chose pour la partie adresse. A qui écrit-il ? En l’absence du nom de ce « Claude », peine perdue, hélas. Cependant, une comparaison de la graphie des deux cartes donne des similitudes fort intéressantes, sans être un expert en graphologie. D’abord, voici la correspondance de la première carte étudiée pour rappel :

Ensuite, quelques gros plans pour mettre en évidence les similitudes : le « on » de bonjour avec un « n » dessiné comme un « u » dans les deux cartes, un « o » non fermé qui semble avoir été écrit avec le même geste. Le « tous » avec un « t » dessiné de la même manière sur les deux cartes et un « s » final non fermé et de taille approchante. Pour finir, la signature avec un « Cl » détaché du reste du mot, un « d » avec une boucle, certes moins visible dans un cas que dans l’autre et le « e » final presque absent, pris dans le trait final qui s’élance sous le prénom.

Évidemment, l’écriture n’est pas exactement la même pour la majorité des lettres. Faut-il y voir une différence de plume ? Ou tout simplement un autre Claude ? Difficile de conclure avec certitude.

  • Un point commun assuré entre les deux cartes : le régiment

Si la main n’est peut-être pas celle d’un seul et unique Claude, ce qui fait penser à plus qu’une simple coïncidence est le régiment photographié. Il s’agit dans les deux cas du 28e RI. L’identification n’a pas été aussi facile que je l’espérais. Des képis et des pattes de collet à foison, même deux képis d’officiers toujours plus facilement lisibles. Mais dans le cas présenté, une partie du groupe est plus éloignée et il y a un léger voile flou sur les hommes.

Cependant, un examen attentif de chaque homme a permis de déterminer avec certitude qu’il s’agit bien d’un groupe d’hommes du 28e RI. Le premier sur l’image ci-dessous est là pour montrer en gros plan le flou des hommes au fond avec un fort zoom. Le second montre un « 28 » nettement visible sur son képi, le troisième le « 28 » est visible sur sa patte de collet.

Maintenant que l’on sait qu’il s’agit du même régiment, la preuve ultime serait de retrouver le Claude parmi ces hommes. Méthodologiquement, rien de plus facile : on prend chaque homme de la première photographie et on regarde si on le retrouve sur la seconde. 22 hommes sur la première, au moins 36 identifiables sur la seconde.

  • Qui est qui, ou à la recherche de Claude

22 hommes sur la première carte x 36 hommes sur la seconde = 792 possibilités. N’étant pas physionomiste pour deux sous, je n’ai pas trouvé de « Claude » présent sur les deux images. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y est pas. Si vous avez une proposition, n’hésitez pas à me contacter !

Petite précision : dans l’hypothèse où le même Claude serait présent sur les deux images, il est possible que celle qui fait l’objet de cette étude ait été prise pendant son service militaire (les hommes sont plutôt jeunes) alors que celle du camp de Sissonne ait été prise lors d’une période d’exercice, quelques années plus tard. Une année pour la carte de Sissonne aurait aussi été un élément pour vérifier l’hypothèse du « Claude » présent sur les deux.

  • Il n’y a pas que Claude

Cette photographie a probablement été prise à l’occasion d’une marche : certains hommes ont leur havresac sur le dos, d’autres l’ont posé hors champ, sauf un…

La date d’envoi de la carte nous donne une indication sur la saison : 7 mars 1908. Prise à la fin de l’hiver, les arbres sont encore sans la moindre feuille et les hommes ont clairement froid. Le temps semble humide. Humide comme le montre le chemin passablement boueux. Froid car au moins trois d’entre eux ont des gants, trois autres utilisent le rabat de leur capote pour y mettre leurs mains. Cette dernière posture est fréquente chez les soldats qui veulent jouer le détachement.

Les officiers quant à eux ont revêtu pour l’un ce qui ressemble à une veste en cuir et pour l’autre une sorte de pèlerine. Ces officiers, ainsi que les sous-officiers forment clairement un groupe à part, au centre de la photographie. Tous sont réunis.

Au premier plan à gauche, deux sergents (pas de doute avec des premières classes qui auraient voulu rendre visible leur galon, aucun chiffre n’ayant été passé à la craie sur les képis et pattes de collets). Les deux hommes en uniformes plus foncé sont un lieutenant à gauche (il semble n’y avoir qu’une soutache à son képi, mais la marque de grade sur la manche est clairement celle d’un lieutenant) et un sous-lieutenant ou un lieutenant à droite (la qualité de l’image ne permet pas de déterminer s’il y a une ou deux soutaches sur le képi).
C’est probablement le lieutenant qui monte le cheval visible à gauche de l’image, mais il n’y a pas de certitude car la monture est réservée aux grades à partir de capitaine réglementairement.

Regarder en détail cette photographie permet aussi de voir des personnes inattendues sur une photographie d’un groupe de soldat : des enfants ! Peut-être les avez-vous aperçus deux images plus haut…

Que font-ils là ? Encore une question qui restera sans réponse. Ils se ressemblent en tout cas et paraissent à l’aise au milieu des soldats. Vu leur âge, il est probable qu’ils ont fait ensuite partie des hommes mobilisés pendant la guerre ou qui étaient dans l’armée d’active en août 1914. Encore un détail amusant : un homme a posé de manière bien moins « sérieuse » que ses camarades.

Etait-il un vrai boute-en-train dans la chambrée comme pourrait le laisser penser son attitude sur le cliché ? Bien malin celui qui pourra l’affirmer. Comment peut-on déterminer qui était une personne à la simple vue d’un instantané de vie ? Peut-être a-t-il voulu faire une grimace pour la photographie, mais cela ne nous dit absolument pas quel était son état d’esprit encore moins sa personnalité. Seule certitude, il a posé car un geste spontané aurait eu toutes les chances d’être flou comme la tête du cheval ou d’un des hommes de l’image. Car sans nom, sans souvenir, plus de 100 ans après, il faudrait qu’un descendant le reconnaisse, l’ait connu ou ait le souvenir de la personnalité de cet homme. Cela finit par faire beaucoup de conditions pour être affirmatif.

L’homme flou me permet une transition avec le dernier point lié à cette marche, accompagnée du lieutenant à cheval : on aperçoit les baguettes d’un tambour. Il est en partie caché par l’homme flou auquel je fais allusion dans le précédent paragraphe.

  • En guise de conclusion

Une nouvelle photo carte qui nous montre beaucoup de détails mais qui reste désespérément muette sur celui qui l’a écrite, à part un « Claude » peu loquace. Les questions sont une fois encore plus nombreuses que les certitudes : même le paysage fait se poser la question du « où » ? Mais pas simplement quelle ville ou village, mais un « où » qui dit le regret de ne pouvoir qu’imaginer ce qui se trouvait autour de ces hommes, de ce qu’ils voyaient en regardant vers le trépied du photographe. Et ces hommes ? Appelés en août 1914 comme réservistes, que sont-ils devenus, après les sourires, les visages plus ou moins fatigués, sérieux, détachés, visibles sur cette photographie ?

  • Pour aller plus loin :

En ouverture suite à ces deux petites études de photographies d’hommes du 28e RI, je vous invite à poursuivre le chemin du 28e RI pendant la guerre sur le site de Vincent Le Calvez. Cartes, illustrations, recherches, analyses : tout est rigoureux et soigné. Le fond et la forme. Ainsi qu’une galerie d’images de soldats du 28e RI avant la guerre et ce qu’une recrue devait savoir en sortant du régiment. A voir même si vous ne cherchez rien sur le 28e RI.


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