– LACOUT-LOUSTALET Martine, Il est mort à Verdun, Jean-Louis Lasplacettes, fusillé pour l’exemple, Pau, Mon Hélios, 2017, 64 pages.

Je suis très peu adepte des ouvrages sur les fusillés. Ils sont souvent l’occasion pour l’auteur de mettre en avant une mémoire plutôt que de faire l’histoire du cas. On joue sur l’émotion, on incorpore l’exécuté dans la cohorte des « fusillés pour l’exemple » sans prise de recul ni contextualisation. Cette manière de présenter l’exécuté comme un martyr est dans l’ère du temps à tel point que de nombreux auteurs ayant publié pendant le Centenaire ont cru bon d’y aller de leur paragraphe, de leur partie sur le sujet. Mais, comme si les travaux d’André Bach et de Prisme 14-18 n’avaient jamais été écrits, sans tenir compte des avancées historiographiques. Le sujet devient alors une sorte de vieille lune, un passage obligé comme semble l’être l’utilisation de l’expression « Devoir de mémoire » dont la majorité des auteurs semblent ignorer la signification réelle.
Qu’en est-il de cet ouvrage ? Le titre, le fait qu’il s’agisse d’un membre de la famille de l’auteur, tout semble aller vers cette vision reposant sur l’émotion et la mémoire. L’auteur a-t-il réussi à surmonter la barrière de la mémoire familiale pour aller dans la présentation contextualisée et avec recul de l’affaire ?
La lecture est rapide et m’a rassurée. En effet, loin d’être un plaidoyer, c’est l’histoire de la recherche autour de cette personne. L’auteure a cherché plus de 15 ans des documents, des réponses à ses questions et on voit les étapes de son parcours.
Ce qui est très intéressant, c’est que les lecteurs futurs, nés après l’an 2000 découvriront avec ce petit ouvrage ce qui était disponible pour en savoir plus au début des années 1990 et la révolution que fut la numérisation massive de sources à partir des années 2010. En effet, à part être en contact avec un passionné du sujet, retracer le parcours d’un mobilisé n’était déjà pas simple, mais celui d’un fusillé était extrêmement complexe.
On suit donc Martine Lacout-Loustalet dans ses premières lectures une fois qu’elle a découvert en 1992 que Jean-Louis Lasplacettes avait été fusillé en juin 1917. L’aide de Denis Rolland fut primordiale, d’autant qu’ayant travaillé sur les sources du SHD, il put mettre des mots sur ce qu’il s’était passé pour ce soldat ainsi que pour d’autres fusillés en même temps. On y découvre la douleur des familles qui ont souvent caché à leur descendance le sort réel du soldat, ainsi que le choc, pourtant des décennies plus tard, d’apprendre les circonstances exactes de la mort.
Ensuite, vient de le temps du combat motivé par « la réparation d’une injustice et la restauration de l’honneur familial » (page 16). Il s’agit avant tout de faire ajouter le nom sur le monument aux morts de la commune, ce qui est finalement fait en 2009. Plus de 17 ans de doutes, de questionnements, de découvertes, de difficultés (y compris pour accéder à la fiche matricule) s’écoulent rapidement devant les yeux du lecteur. Le livre n’est pas militant, même s’il parle un peu à la fin des fusillés de 1917. Il n’est pas question de réhabilitation non plus. Le mot « devoir de mémoire » est bien évidemment utilisé, mais sans que cela ne nuise aux recherches réalisées ou à leur présentation.
