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La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner

Le cinéma britannique continue de proposer des films autour de la Première Guerre mondiale sortant des sentiers battus. Ce n’est pas une question d’avoir un préjugé favorable : pour le spectateur français, il y a peu de chances d’être sorti de la représentation en raison d’uniformes inadaptés ou de situations grotesquement reconstituées. Sans juger l’histoire, son réalisme, on a un film qui propose des moments de la guerre rarement représentés. En effet, le scénariste Alan Bennett a utilisé cette histoire de chorale dans la petite ville de Ramsden, dans le West Yorkshire, pour évoquer la guerre en 1916. Le cadre historique et géographique est réaliste, la ville de Ramsden pouvant être l’anagramme de la ville de Marsden. Cette dernière contient d’ailleurs l’usine visible dans plusieurs plans1. L’histoire de la chorale semble être inspirée des activités de la Huddersfield Choral Society sise dans la ville voisine de Huddersfield.

Le tournage a en tout cas été fait dans le West Yorkshire.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner

L’indication de l’année 1916 est visible au début du film, confirmée par deux événements auxquels il est fait allusion :

– des hommes reçoivent leur avis de mobilisation quand au début du film les hommes en uniforme sont tous des volontaires. Cette loi est appliquée à partir de mars 19162. Elle concerne les hommes de 18 à 48 ans, ce qui est bien rendu par un dialogue ou un homme de 17 ans explique être mobilisable dès ses 18 ans.

– La chorale apprend la destruction du cuirassé Pommern. Or, ce navire fut coulé par un sous-marin pendant la bataille du Jutland le 1er juin 1916.

L’histoire est très simple. Elle raconte comment une chorale, amputée d’une grande partie de ses choristes, essaie de monter une œuvre. Mais le départ du chef choriste suite à son engagement dans l’armée oblige à en trouver un autre, à changer l’œuvre choisie. Le film se termine par la représentation et on laisse les différents protagonistes poursuivre leur vie. Cependant, c’est surtout par la richesse de sa représentation de la guerre que le film va être présenté dans cet article. En effet, sans jamais montrer une tranchée ou une scène de combat, le spectateur est immergé dans la guerre. Le réalisateur s’est amusé à tromper le spectateur : les premières images du film pourraient laisser penser que l’on est au front : les sons, la brume et les formes difficiles à cerner au premier plan pourraient le laisser imaginer.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner

Il s’agit pourtant d’une activité civile autour de la ville qui sert à découvrir deux des principaux protagonistes de l’histoire et à immerger dans l’histoire, celle d’une ville anglaise dans la Grande Guerre.

  • La guerre dans une petite ville anglaise

On voit bien dans ce film que la recherche anglaise sur la vie à l’arrière et dans les petites villes est beaucoup plus avancée qu’en France. En France, si on maîtrise bien le sujet des sociétés rurales ou urbaines en guerre, la vie dans les petites villes a fait l’objet de nettement moins d’études et de publications. C’est probablement la principale explication à la granularité différente dans la reconstitution entre les films français et britanniques. La vision donnée par le cinéma d’outre-Manche est nettement plus fine et probablement réaliste quand la vision française est très loin de ce qu’elle a pu produire pour la Seconde Guerre mondiale.

Dans La chorale, de nombreux aspects de la vie des civils pendant la guerre sont illustrés. Le thème lui-même, une chorale en quête de membres évoque le plus visible : le manque d’hommes. Il ne reste que les jeunes adultes de moins de 18 ans et les personnes trop âgées pour être mobilisées.

Un peu plus tard dans le film, ce sont des blessés de guerre qui sont sollicités pour participer et un des chanteurs est amputé. C’est l’occasion de présenter une chambre d’hôpital.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner

Les blessés ne sont pas les seules victimes de la guerre. Le film débute par la distribution des courriers annonçant la mort aux épouses.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner

Le deuil est également présent dans la famille du directeur de la Fabrique. Le fils du couple est mort à la guerre et l’épouse vit un deuil permanent. Elle ne parle plus et est toujours habillée en noir.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner

Une femme est confrontée à la disparition de son compagnon et au désarroi de ne pas savoir. Elle décide de partir de l’idée qu’il est mort pour pouvoir aimer un autre homme. Sauf que le retour du disparu, le soldat amputé, confronte le spectateur à une autre situation : la difficulté voire l’impossibilité de retrouver sa place. Ici, l’homme ne retrouve pas sa compagne et est en décalage avec les autres membres de la chorale. Un très beau monologue propose une représentation forte de ce qu’il vécut au front. Le contraste entre l’imaginaire des civils et la réalité des combattants laisse la chorale sans voix. Cependant, afin de rassurer les futurs mobilisés, il préfère ensuite mentir au pub et affirmer qu’il a menti sur la réalité : « Baissez la tête et tout se passera bien » conclut-il. Cette simple phrase a l’effet voulu sur les jeunes appelés.

Moins fréquemment évoquée, la misère sexuelle des hommes est au centre de trois séquences. Une première montre l’amputé supplier son ancienne compagne ; la deuxième illustre la volonté d’un mobilisé de ne pas partir vierge et faire appel à une prostituée quand un dernier se met à nu devant la femme qu’il aime qui ne donne pas suite à cette avance pour le moins explicite. Le réalisateur réussit dans ces deux derniers cas à montrer l’urgence d’être un homme pour ces jeunes de 18 ans qui se doutent que leur vie pourra basculer à tout instant et les civils pour qui les normes et la temporalité restent les mêmes qu’avant.

Le patriotisme de l’arrière est mis en évidence même s’il s’est éteint progressivement. Une personne explique qu’en 1914, il y avait la fanfare à la gare pour le départ des hommes, ce qui n’est plus le cas lors du départ des premiers conscrits. Il est toutefois nuancé par deux éléments : d’abord avec la présence du chef de chœur qui a des affinités en Allemagne où il a vécu, a laissé son cœur et dont il est très sensible à la culture. Ensuite, la scène du départ des volontaires à la gare est suivie par une scène de retour de blessés, dans un parallèle qui veut montrer que l’aller-retour n’est pas aussi glorieux que ce que pensent les civils.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner
Départ pour le front
La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner
Retour du front

Le film est soigné au point de montrer les étapes de l’enrôlement des jeunes conscrits, de la réception du courrier d’appel au passage devant une commission médicale. La réception de l’avis puis le départ définitif sont aussi mis en images.

Rarement évoqués, la visite médicale et le cas des objecteurs de conscience sont bien reconstitués. Ces deux éléments font écho aux chapitres qui leur sont consacrés dans la somme proposée sur le recrutement en France et au Royaume-Uni dans l’ouvrage Des hommes pour la guerre, La sélection médicale des soldats d’Aude-Marie Lalanne-Berdouticq publié en janvier 2025.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner
La visite médicale
La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner
Objecteur de conscience

Pour finir, un passage est particulièrement bien présenté : c’est le passage chez le photographe local. On le voit d’abord pour un soldat engagé volontaire puis, à la fin pour les trois camarades de la chorale, conscrits sur le départ. On y voit la représentation d’un atelier et de la séance de prise de vues. La pièce de l’atelier semble bien vide mais même si on pourrait l’imaginer avec des décors et du mobilier autre autour, il a le mérite de proposer cette reconstitution d’une source documentaire importante de l’époque.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner
La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner

Le spectacle en lui-même sort du cadre classique à la fois en raison du contexte local et du contexte international. Replacé dans la guerre, il propose un tableau présentant une colonne de blessés aveuglés par les gaz. Cette image, extrêmement célèbre outre-Manche.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner

On pense immanquablement à l’œuvre « Gazés » de John Singer Sargent (1918-1919)3, à une photographie prise en avril 19184. On constate que les œuvres illustrant cette situation datent de la fin de la guerre plus que de 1916, sans pour autant y voir un anachronisme. C’est plus un élément mémoriel récurrent.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner

Cette image est un incontournable de la mémoire de la guerre au Royaume-Uni. Ainsi, une statue de sept soldats aveuglés à l’entrée de la gare Piccadilly de Manchester a été inaugurée en 2018. La ville est à moins d’une heure de Marsden.

La Chorale, film britannique (2025) de Nicholas Hytner
  • En guise de conclusion

Derrière une histoire simple et facile à comprendre, le réalisateur réussit à donner une image précise de la vie d’une petite ville de la campagne anglaise. Il reconstitue avec soin des moments, des situations rarement montrées et offre ainsi une représentation qui évoque la guerre des civils loin du front, entre la vie qui continue mais qui est irrémédiablement marquée par le conflit. Il réussit à alterner le général, avec des plans larges, des décors immersifs et des focus sur un personnage, une situation. L’addition de ces éléments généraux et de ces portraits plus intimistes font qu’on comprend l’histoire de chacun et la petite pierre que son parcours apporte à la représentation de la guerre.

Si vous avez lu et apprécié le livre Des hommes pour la guerre, La sélection médicale des soldats d’Aude-Marie Lalanne-Berdouticq, ce film pourra être une mise en images de plusieurs chapitres, c’est dire la qualité de la reconstitution.

  • Pour en savoir plus sur le film :

Article de la BBC sur le film et ses inspirations :
https://www.bbc.com/news/articles/c9wvqj8rdjzo

  • Pour aller plus loin :

Lalane-Berdouticq Aude-Marie, Des hommes pour la guerre, La sélection médicale des soldats, Paris, CNRS Éditions, 2025, 462 pages.


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  1. Ramsden, dans le Yorkshire, article de Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Marsden,_West_Yorkshire?oldid=645627498 ↩︎
  2. Military Service Act 1916 – Wikipedia ↩︎
  3. Lien dans Wikipédia : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/89/Sargent%2C_John_Singer_%28RA%29_-Gassed-_Google_Art_Project.jpg ↩︎
  4. Lien dans Wikipédia :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:British_55th_Division_gas_casualties_10_April_1918.jpg ↩︎

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