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« Le train de 8h47 » 1934, adaptation du livre de Courteline

Ce film de 1934 n’a pas de lien direct avec « Les gaîtés de l’escadron » de 1932. On y retrouve, certes, des noms communs, mais le casting est différent, à l’exception de Fernandel qui jouait le rôle d’un autre cavalier que Vandrague de la première histoire. Il est ici Croquebol, l’un des deux héros de ces aventures. Bach est le brigadier La Guillaumette, « cerveau » du duo et donc dans un rôle plus actif que celui dévolu à Fernandel.

Ce film d’1h25 d’Henry Wulschlegersuit fidèlement la structure du livre. On retrouve les trois parties qui forment chacun environ un tiers de l’histoire. On suit donc d’abord La Guillaumette à la caserne du 22e régiment de chasseurs à cheval1, puis les aventures des deux loustics avant leur retour et ses conséquences.

L’adaptation n’est pas un copier-coller du livre pour autant. Le scénariste s’est permis des déplacements d’anecdotes au sein de l’histoire. Ainsi, la demande de permission est placée à la fin de l’histoire au lieu d’être au début. Certains épisodes ont aussi été réduits quand d’autres sont plus développés. Ainsi les ennuyeuses soirées du capitaine Hurluret chez le colonel font l’objet d’une séquence complète quand elles sont seulement évoquées dans le livre. De même, la séance à l’infirmerie est un peu plus longue que dans le livre. Le retour entre les deux gendarmes et le passage dans un café est un ajout complet du film qui omet par contre les jours de prison au 23e des deux loustics. La mise en scène des conséquences des aventures des deux cavaliers est aussi un peu moins dense dans le film dont on ne perçoit vaguement que les grands moments alors que le livre en faisait un développement féroce à l’évocation plus réussie.

Deux changements notables interviennent pendant le trajet en train et le court moment dans la maison close. Dans le train, les échanges et la fête des deux loustics sont résumés par un chant de Bach interrompu par l’arrêt fatal à la gare de Lérouville. Le choix est clairement de mettre en avant Bach connu pour ses chansons de comique troupier, une sorte de passage obligé. Les paroles sont édulcorées dans la version cinématographique, celles de Courteline sont bien plus équivoques ! Pour la séquence de la maison close, le déroulement est bien respecté. La seule différence est que les femmes sont passées en revue dans le livre alors qu’elles n’arrivent que furtivement dans le film, au moment où les soldats s’enfuient après s’être débarrassés de monsieur Frédéric.

Les deux scènes de gare ont clairement été tournées dans le même site, la scène d’intérieur du train en studio, les scènes d’extérieur à Bar-le-Duc l’ont été dans la ville. Ont été reconnus les quais, la salle d’attente et la façade de la gare SNCF, le boulevard de la Rochelle, l’escalier des 80 degrés, l’esplanade du Château, la rue de l’Horloge, la rue de l’Armurier et la rue Chavée2.

  • Toujours la vie de caserne

Comme dans « Les gaîtés de l’escadron », « Le train de 8h47 » nous place au cœur de la vie de caserne, mais de manière moins fine et moins réussie ici que dans le film de 1932. Certes, au niveau des uniformes, il n’y a rien à dire, c’est très bien respecté. Manque peut-être le port du bonnet de police un peu moins réglementaire qu’ici.

La chambrée est bien représentée, y compris au moment du repas.

On fait également une incursion dans la cantine.

Mais ces deux lieux sont moins lisibles car le réalisateur a cadré de manière plus serrée sur les acteurs. Le bureau est réduit à sa plus simple expression et c’est finalement la salle de police qui est la plus fidèle à la réalité avec son bas-flanc et sa lourde porte.

L’aspect administratif est bien rendu et le caricatural adjudant Flick aussi. Mais pour qui a vu »Les gaîtés de l’escadron », l’impression de déjà-vu est réelle, même si ce ne sont pas les mêmes acteurs. Le film, au final, apporte peu dans la représentation de la vie de caserne par rapport au précédent film. Tout au plus les hommes comptant les jours au réveil et La Guillaumette appelant Croquebol « Mon pays » sont-ils bien dans le ton. Peut-être l’âge excessif des acteurs est-il une des causes de la difficulté d’immersion, à moins que ce ne soit cette impression de sur-jeu de Bach en particulier.

  • Résumé du film

Le clairon sonne le réveil et marque le début du film. Comme dans « Les gaîtés de l’escadron », ce sont ces sonneries qui marquent les étapes du film. Croquebol et La Guillaumette sont mis en avant par l’introduction. Ce dernier ne veut pas aller à l’exercice et se rend à la visite. Il sait ce qu’il risque s’il n’est pas reconnu malade.

Finalement, les vrais malades sont punis et lui passe au travers. Mais de retour à la chambrée, en se coiffant avec un miroir, il éblouit l’adjudant Flick qui le punit de deux jours.

Au bureau, Flick rédige la punition, le capitaine Hurluret fait convoquer La Guillaumette. Mais au lieu d’augmenter la punition, il désigne le brigadier et un camarade de peloton pour se rendre à Saint-Mihiel récupérer quatre chevaux. En plus de l’argent nécessaire pour le ticket, La Guillaumette réussit à obtenir une rallonge de 100 sous.

De retour à la chambrée, il chahute avec Croquebol à l’idée de la virée. Ils font même tomber le poêle et son tuyau. Ils passent par la cantine pour prendre un litre de vin et filent se changer. En partant à la gare, ils passent devant Flick et se moquent de lui : étant puni, La Guillaumette aurait dû rester en salle de police et ne pas pouvoir sortir.

La deuxième partie commence à la gare. Les deux permissionnaires fêtent bruyamment leur virée.

Mais ils n’entendent pas le changement à la gare de Lérouville et se retrouvent à Bar-le-Duc à 22h00. Après une longue discussion avec le contrôleur et le chef de gare, Croquebol s’endort sur un banc de la salle d’attente de la gare.

Mais La Guillaumette veut profiter de sa nuit, le réveille et ils filent dans la nuit, sous des trombes d’eau, à la recherche de la maison des plaisirs… qu’ils ne trouvent pas.

L’aide d’un camarade du 23e de garde n’est pas des plus efficace et il faut qu’ils aient le soutien de l’éteigneur de réverbères pour trouver enfin le 119 dans la ville haute.

Accueillis par monsieur Frédéric, ils se font servir une soupière de vin chaud au moment où La Guillaumette s’aperçoit à la pendule qu’il est 3h55, soit 5 minutes avant le départ de leur train. Devant utiliser la force pour sortir, ils arrivent à la gare pour s’apercevoir que les billets et l’argent ont été perdus pendant l’aventure de la nuit.

De retour sur les chemins de leur nuit pour retrouver ce qu’ils ont perdu, ils sont arrêtés par un lieutenant, emmenés au quartier et enfermés.

Vus par le colonel du 23e régiment de chasseurs à cheval, ils sont renvoyés sous escorte de deux gendarmes à Commercy. La presse locale se déchaîne contre les deux, tout étant exagéré. Cette histoire finit même par faire tomber le gouvernement !

L’adjudant Flick jubile à la vue du retour des deux loustics. Il s’occupe personnellement des punitions, des exercices. Mais le capitaine Hurluret ne le voit pas de cet œil et c’est finalement Flick qui se retrouve « au chose » !

Le film s’achève sur les deux loustics qui se vantent de leur aventure, aidés par le bruit qu’elle fit. Certes, La Guillaumette n’est plus brigadier, mais il a une aura qui remplace ses galons auprès de la chambrée. On est loin des deux coqs dont la crête représentée par le plumet de leur shako trempé était tombante pendant leur virée. Ils ont retrouvé toute leur verve et restent des loustics.

  • En guise de conclusion

Le lecteur du livre ne sera pas dépaysé par cette adaptation. Elle est moins réussie que « Les gaîtés de l’escadron ». Ce film n’en reste pas moins intéressant pour observer certains aspects de la vie de caserne d’avant-guerre. Le réalisateur n’a pas réussi à exploiter tout le potentiel du livre, développant plus que nécessaire certains passages et laissant Bach en particulier être dans un sur-jeu dépassé, manquant en tout cas de subtilité. Dans « Les gaîtés de l’escadron », il y avait certes quelques personnages récurrents, mais pas centraux ; ici, le film semble construit autour du personnage de Bach – celui de Fernandel n’étant qu’un faire valoir – ce qui change l’optique de l’histoire et donc du film.

On s’amusera de voir Bach, 52 ans, jouer un homme de 30 ans de moins. Qui plus est, Bach a eu une expérience militaire limitée, ayant été exempté de service actif en raison de problèmes cardiaques et n’ayant été mobilisé comme service auxiliaire qu’à partir de 1915 et ce comme infirmier3. Fernandel avait une expérience militaire plus récente et proche du rôle, ayant été libéré en 1926 après son service actif au 93e régiment d’artillerie de montagne de Grenoble.

  • Pour aller plus loin :

Matériel publicitaire du film : http://www.cineressources.net/ressource.php?collection=MATERIELS_PUBLICITAIRES&pk=942

Étude du livre :


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  1. De nombreux sites mentionnent le 202e ce qui semble être un beau copier-coller de personnes qui n’ont pas vu le film, à partir d’une source erronée. ↩︎
  2. https://matercine.com/le-train-de-8h47/
    consulté le 19/08/2024. ↩︎
  3. AD38, 1 R 1380 : fiche matricule de Charles-Joseph Pasquier dit « Bach », classe 1902, matricule 1485 au bureau de recrutement de Grenoble. Vue 143/164. ↩︎
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